Archive for juillet, 2009
Moment d'utopies
Imaginez Paris si chaque habitant discutait chaque jour avec ses commercants, par exemple. De tout et de rien. 5 minutes avec chacun et sans aucune une queue de gens enerves naissant dans l’instant.
Et si nous socialisions plus dans l’espace public ?
A l’Italienne :
L'Italie, c'est fini…
L’Italie, c’est fini…Mais je crois bien que bien que j’y retournerais un jour. Et ce jour ne sera peut être pas si lointain. Je prévois de revenir pour remonter la route des migrants pendant l’automne. Le temps de travailler a Paris pour trouver des financements afin de continuer ce projet.
Sur la route de la France, je me suis arrêté deux jours a Florence, la ville des Médicis. Là où la civilisation occidentale moderne est née pendant la renaissance. Mes impressions sur Florence sont diverses. La ville est magnifique. Les architectes ont utilisé la brique ou des pierres de différentes couleurs pour construire les églises de la ville. Quand ces bâtiments sont illuminés par le soleil, la vue est vraiment magique. Mais j’ai sûrement mal choisi la saison pour venir à Florence. Il semble que chaque État de l’Union a envoyé son contingent de représentants blonds et massifs pour venir visiter la ville. Les touristes espagnols et français sont aussi présents en grand nombre. A tel point que je n’avais plus l’impression d’être en Italie mais dans un espèce de parc d’attractions pour touristes. Pour ceux qui connaissent Paris et les champs-Elysees, imaginez-vous en train de descendre les champs un jour de juillet. Il y a peu de chances que vous entendiez beaucoup de promeneurs parler français.
Je profite de ma journée dans le train pour écrire ce post. Puisque j’ai le temps de voyager et que je dois faire un peu attention à mon budget pour être nomade plus longtemps, je ne prends que des petits trains régionaux pour remonter de Florence a Vintimille. Après plusieurs changements, j’arriverais en fin de journée près de la frontière française ou je redresserais mon pouce afin d’atteindre Avignon. Après quelques jours sous le soleil d’Avignon puis de Toulouse, je serais de retour à Paris pour quelques temps. Avant de repartir.
La vie de nomade a des bons cotés pour les gens comme moi qui n’aiment pas prévoir. Donner sa chance a l’imprévu a un charme particulier. Chaque jour, je décide ce que je ferais le lendemain. Où j’irais, ce que je ferais. Mais si quelque chose vient bouleverser le programme, le nomade doit être assez souple pour s’adapter au changement. Cette flexibilité permet de faire des rencontres et des découvertes qu’on aurait pas pu penser possible si on respectait un programme établi. Je découvre aussi le plaisir de voyager sans aucun guide touristique. Le routard qui a un routard en poche ne peut pas être tout a fait un vrai routard ?? Peut-être me trompé-je sur le sens du mot routard. Mais mieux vaut n’avoir qu’une carte géographique en poche pour savoir où on va plutôt que de lire le guide pour savoir où manger. Les meilleurs repas que j’ai fait en Italie n’étaient pas dans le guide du routard, ni dans aucun guide touristique d’ailleurs. Ce sont des italiens qui m’ont amené dans une Osteria ou dans la meilleure pizzeria de la ville. Toujours à l’écart des endroits touristiques, le dialecte local et l’italien se mêlent dans la salle des restaurants.
Je fais de la publicité pour ce genre de voyages, mais je sais qu’il n’est pas accessible à tous. Certains ont besoin de sécurité, de savoir où ils dormiront le lendemain, d’avoir un précédent en qui ils ont confiance et qui a testé pour eux (ce point la étant hautement discutable quand on doit aborder l’objectivité de certains des testeurs du routard ou de ses concurrents). Je suis heureux de ne pas être dans ce cas, Je n’ai rien contre le voyage collé à son guide touristique. Mais en levant le nez du guide, on peut découvrir des choses fantastiques sur la vie. Ceci est valable pour le voyage comme pour le reste : Laissez vous envahir par un peu d’imprévu, soyez curieux, humbles et ouvrez vous à l’inconnu pour devenir des hommes meilleurs. Un des principes du Zoroastrisme est d’avoir des “Bonnes pensées, Bonnes actions et bonnes paroles”.
Il était une fois Patras
Traverser l’Adriatique à la belle étoile sur le pont du ferry semblait une bonne idée, mais la fraicheur de la nuit a eu raison de mon envie. Je n’avais emporté qu’une fine couverture, pas de sac de couchage. J’ai fini par dormir 4 petites heures dans un des couloirs du ferry, comme la plupart des autres passagers comme moi (mis à part le groupe de jeunes vacanciers des USA qui s’est méthodiquement appliqué a se saouler). Le trajet du ferry incluait un arrêt au lever du jour à Igoumenitsa, avant le débarquement final à Patras. La photo qui accompagne ce post est celle de la vue que le soleil, la mer et les montagnes de Grèce m’ont offert pour me souhaiter la bienvenue.
A Patras, il était une fois un camp de candidats a l’immigration clandestine vers l’Italie (afghans,irakiens, pakistanais…). Manque de chance pour tous les migrants, et pour moi, la police grecque a détruit ce camp deux jours avant mon arrivée. En l’espace de deux jours, les maisons et la mosquée de fortune qu’avait élevé ces pauvres hères avaient complètement disparu. L’emplacement du camp était redevenu un terrain vague, sans aucun signe permettant de distinguer l’histoire de ce petit bout de terrain en bord de mer qui avait accueilli plusieurs milliers de personnes au cours des ans. Seuls souvenirs, photos et films subsistent. La police grecque a prétendu que des migrants ont mis le feu au camp. Les médias ont relayé cette information et ont fait état de deux personnes arrêtées pour incendie volontaire. Réfléchissons ensemble : une personne sans domicile fixe depuis des mois voire des années a réussi a se construire une maison de fortune pour s’abriter du soleil et avoir un semblant de vie “humaine” pendant son attente de trouver un bateau pour l’Italie. La majorité d’entre eux étaient des musulmans pour qui une mosquée ou un Coran sont des choses sacrées (en Islam, c’est un péché grave que de mettre un Coran a la poubelle, ou de le mutiler de quelque façon que ce soit) Est-il vraiment crédible dans ces conditions qu’un migrant ait mis le feu à son domicile et à son lieu de culte, qui sont les seules choses qui lui rappellent qu’il est un homme et pas un animal ? Les seuls biens qui peuvent lui redonner un peu d’espoir de sortir d’une vie terrible ?
La destruction du camp a poussé les migrants dans une situation terrible. Ceux qui ne sont pas en prison, dans un camp de réfugiés ou logés à l’hôtel ont été repoussés aux confins de la ville de Patras, dans des zones mi-maraichères, mi-marécageuses, loin des associations qui venaient les aider. Ils n’ont aucun moyen de se nourrir et survivent en mangeant du pain rassis qu’ils vont récupérer dans les boulangeries ou en chapardant quelques fruits dans les vergers où ils dorment. Ils ont faim et s’affaiblissent. J’ai assisté ce matin à une discussion pour un morceau de pain, très violente, qui a failli dégénérer quand un des deux protagonistes a pris un couteau pour faire valoir ses arguments… Les afghans (et tous les migrants a Patras) ont été tellement malmenés et frappés par la police grecque qu’ils se terrent comme des animaux dans les potagers. Certains me disaient même qu’ils ne quittaient pas leurs chaussures quand ils s’endormaient, pour pouvoir s’enfuir plus vite si la police arrivait. Ils m’ont d’ailleurs prévenu que je pourrais me faire battre moi aussi si la police pointait son nez, et surtout ses matraques. Quand ils arrivent et attrapent des migrants, ils ne cherchent pas à savoir qui est qui, clandestin ou photographe européen en règle : ils frappent d’abord et discutent ensuite. Heureusement pour moi, pas de souci de ce cote. Je devrais continuer mon travail à Patras, revenir ici et rester plus longtemps afin d’essayer de documenter les arrestations violentes. Afin de pouvoir montrer ces hommes ou ces gamins qui risquent leur vie en s’embarquant sous des camions qu’ils passent la journée à guetter depuis les abords d’une station-service.
Pour terminer ce post sur une note plus gaie, je ne connaissais pas la Grèce, et j’ai été séduit par le mode de vie grec que mes hôtes m’ont fait découvrir (j’ai fait du “couchsurfing” a Patras et j’y ai trouvé de nouveaux amis). Entre les souvlaki, les mazze qui accompagnent l’ouzo, la proximité de la mer et de la montagne, j’ai déjà hâte de revenir travailler en Grèce ou d’y passer du temps libre.
Entre Bari et Patras
Remontant le flot des afghans en sens inverse je me suis arrêté quelques jours a Bari, le grand port des Pouilles par lequel arrivent une partie des migrants afghans en Italie. La chance ne m’a pas souri car mis à part la rencontre de quatre d’entre eux en descendant du train je n’ai pas pu voir d’ autres afghans. En revanche le statut de point d’entrée de ce port ne fait aucun doute quand on se promène dans les parcs de la ville particulièrement celui situé Piazza Umberto I : les migrants africains sont les plus nombreux (une majorité d érythréens et de somaliens suivis par ceux originaires du sous continent indien Pakistan, Cachemire, Inde, …) Il m’aurait vraiment fallu beaucoup de chance pour repérer des afghans arrivant en Italie dans le port de Bari puisqu’ils descendent généralement des camions et sautent par dessus les grillages du port à la faveur de la nuit avant de partir presque immédiatement vers Rome. J’ai donc profité de ce manque de chance pour faire un peu de tourisme dans cette grande ville du bord de mer. Les monuments historiques sont nombreux (en majorité des églises romanes) mais ne m’intéressent plus guère. Je me suis plutôt concentré sur la Dolce Vita a l’italienne : Antipasti di fruta di mare, spaghetti al nero di sepia, gelati… La vieille ville de Bari et ses habitants semblent figés dans le passé. Aux heures fraiches tous les habitants amènent une paire de chaises devant leur maison et s’assoient pour papoter pendant des heures Seuls les scooters peuvent circuler dans les petites ruelles. Les deux roues servent d’ailleurs à livrer les petites échoppes au coin des ruelles. Il faut voir comment les italiens arrivent à transporter des bonbonnes de gaz sur un scooter dans des ruelles étroites où les enfants courent dans tous les sens.
Si vous devez venir à Bari essayez d y être un dimanche soir pour avoir une idée d’une soirée italienne en famille : tout le monde se retrouve le long du bord de mer pour jouer aux cartes, déguster des grillades -le panino aux intestins d’agneau est délicieux pour ceux qui aiment les abats
- Les familles ou les jeunes amoureux se promènent sur les remparts (on a presque de la peine a circuler sur la Via Venezia).
J’ai aussi eu la chance d assister à deux mariages qui ici se tiennent le lundi (plus rarement le dimanche). Lundi matin : mariage à la cathédrale ; Lundi en fin d’après midi : mariage à la basilique. Tout le monde était bien entendu sur son trente et un dans le plus pur style italien. Tous portaient des lunettes de soleil et des chaussures rappelant les plus célèbres clichés sur le style vestimentaire italien. Les hommes un peu âgés semblaient tous sortis de films mettant en scène des personnages de la mafia. Même les bonnes sœurs ne manquaient pas à l appel.
Avant d’arriver dans les Pouilles je ne savais pas si je devais aller a Bari ou à Brindisi. On m’avait conseillé Brindisi pour le tourisme mais j’ai finalement choisi Bari pour la probabilité d y voir des afghans. Je n’ai pas pu faire de prises de vue des afghans mais j’ai tout de même beaucoup apprécié la Dolce Vita alla Barese et j’en ai profité pour améliorer un peu mon italien (un italien « broken », mêlé de latin, de français et d’espagnol mais les italiens pardonnent assez facilement qu’on écorche leur langue si on fait des efforts pour communiquer avec eux). Prochaine étape : embarquer pour la Grèce. La traversée dure 16 h environ et le billet le meilleur marché est une place sur le pont. J’espére raconter bientôt ma traversée de l’adriatique à la belle etoile…
Avec les réfugiés afghans en Italie
Je prends enfin le temps d’écrire un nouveau post. Puisque rien n’est jamais écrit d’avance, je dois avouer que le programme que je m’étais fixé a été complètement chamboule depuis le 12 juin, jour d’élections présidentielles en Iran. Le résultat de ces élections, fortement conteste, a provoque des troubles d’une ampleur inégalée depuis 1979. Je n’ai donc pas pu obtenir les permissions nécessaires pour aller en Iran.
J’aurais aime être en Iran cet été,mais le sort en a décide autrement. J’ai donc mis sur les rails un autre projet personnel : documenter la route des migrants afghans fuyant leur pays, leur famille, vendant leurs biens dans l’espoir d’une vie meilleure en Europe. Cette route les mène en Iran, en Turquie, en Grèce, en Italie, en France ou vers d’autres pays européens (GB, Irlande, Belgique, Norvège…)
Après avoir commencé un gros travail de prise d’informations a Paris, je suis parti vers Rome la semaine dernière pour la première étape d’un long projet. Trouver les afghans à Rome a été une tache plutôt facile. Ce qui l’est moins, c’est de gagner leur confiance en expliquant mon projet avant de pouvoir leur demander de prendre quelques photos. Je ne vais volontairement donner aucun nom des lieux ou j’ai pu rencontrer les afghans a Rome. Comme dans tous les pays du monde, la puissance étatique, et son bras armé policier, n’apprécie pas les gens qui dorment dans les rues, les vagabonds qui n’ont que peu de possessions. Les Afghans m’ont raconté avoir été chassé plusieurs fois des endroits où ils avaient élu domicile. La police les a, à chaque fois, repoussé vers des endroits plus dissimulés des regards des contribuables italiens et des touristes étrangers. Certains ont fini par se construire des cabanes de couvertures et de planches dans un chantier en construction, d’autres ont aménagé des wagons qui rouillent dans un cul-de-sac ferroviaire. Le quotidien des afghans à Rome est rythmé par les distributions de nourriture et les horaires d’ouverture des institutions caritatives qui les aident : l’église anglicane de Rome (Via nazionale), un centre jésuite(via dei Astalli) ou encore les distributions de nourriture des franciscains qui viennent à leur rencontre. Ces institutions religieuses font, naturellement, un peu de prosélytisme pour convertir les afghans au catholicisme pendant les moments durant lesquels ils sont en contact avec eux. Quand les migrants ne sont pas dans ces institutions, ils passent leurs journées dans un parc de Rome, tuant le temps en discussions qui peuvent durer des heures. Des passages plus ou moins fréquents dans les centres internet/téléphone leur permettent de donner des nouvelles à leurs familles, sans pour autant révéler leur situation réelle : ils dorment à la rue, et même s’ils possèdent des papiers officiels de réfugiés donnés par l’État italien, ils ne sont qu’une poignée à trouver un travail; très rarement de temps en temps.
J’ai suivi les afghans pendant quelques jours dans leur quotidien, depuis un centre d’accueil de jour jusqu’à la distribution de nourriture (à voir la qualité des fruits et pains qui leur étaient donnés, les institutions caritatives ont du récupérer tous les invendus qui leur ont été proposés…). Parler persan avec eux a été un vrai avantage, qui m’a permis d’être invité à l’endroit où ils dorment. Les lieux où dorment les migrants (afghans exclusivement) ‘étalent sur plusieurs centaines de mètres, de manière relativement disséminée pour ne plus attirer la police. Les petits groupes se forment généralement par affinités ethniques ou géographiques. En plein été, les soirées chaudes permettent de passer du temps autour d’un thé fait avec les herbes aromatiques ramassées dans les terrains vagues des alentours. Passer une soirée avec des réfugiés afghans qui dorment à la rue donne une vraie leçon d’humanité. Malgré leur dénuement, ils m’ont offert le thé qu’ils avaient préparé au dessus d’un feu dans des boites de conserves, en s’excusant que ce ne soit pas du vrai thé amené avec eux d’Afghanistan. Leurs seules possessions se limitent parfois à ce que contient les poches de leur pantalon ou de leur chemise, Et pourtant ils partagent tout. La solidarité dont ils font preuve entre eux est exemplaire, et leur hospitalité ferait pâlir plus d’un bourgeois confortablement installé (encore faudrait-il que quelqu’un se donne la peine d’aller véritablement à leur rencontre, ce qui n’est visiblement pas si fréquent à les entendre).
J’ai quitté Rome hier pour Bari, un de leurs points d’entrée en Italie. A ma grande surprise, j’ai croisé quatre afghans en descendant du train. Ceux-ci venaient juste d’arriver en Italie après un voyage en ferry, caché dans un camion. Ils faisaient donc partie de ceux qui ont eu la chance de ne pas se faire attraper par les douaniers italiens ou la police grecque. Ils attendaient leur train pour Rome, assis à coté de réfugiés kurdes irakiens qui suivent le même chemin pour rentrer en Europe. Je remonte donc le flot de ces réfugiés. D’ici deux jours, direction Patras, port grec de partance vers l’Italie (direction Brindisi, Bari, Ancona ou Venezia, selon la destination du camion dans lequel ils se cachent…)
Je donnerais sûrement d’autres nouvelles de la route des afghans depuis Patras, où la situation dans le camp est beaucoup plus dure. Update de derniere minute : la police grecque a detruit le camp improvise des afghans avec des bulldozers et y a mis le feu hier…. Tous ont apparemment ete diriges vers des camps de refugies de l’etat grec, du cote de la frontiere albanaise….
Pour des images, il faudra attendre que les films soient développés à mon retour à Paris d’ici quelques semaines….











