Archive for décembre, 2009

Pense-bête pour se souvenir

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Lors de mon séjour en Grèce, je tombais au milieu des commémorations de la mort du jeune Alexis Grigoropoulos, tué par la police le 6 décembre 2008. Cette mort avait déclenché 3 semaines d’émeutes dans tout le pays.
En souvenir de ces évènements, et pour tous ceux qui s’opposent à la police pour essayer de faire entendre leur voix partout dans le monde, je reproduis ici deux images. Elles ont été réalisées par des grecs qui les ont mises sur des murs d’Athènes en décembre 2008.
Le message qu’elles véhiculent ne change pas, d’année en année.

Sticker grec utilisé pendant les émeutes de décembre 2008

Sticker grec utilisé pendant les émeutes de décembre 2008

Pochoir utilisé en Grèce pendant les émeutes de décembre 2008

Pochoir utilisé en Grèce pendant les émeutes de décembre 2008

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décembre 31st, 2009 at 12:49

Une photo, une histoire #18 : Des bergers iraniens

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Contexte : quelque part entre Qara Kelisa et Makou, dans l’extrême nord-ouest de l’Iran.

Bergers iraniens

Bergers iraniens

Je voyageais en Iran pendant plusieurs mois en 2005. J’avais choisi une destination lointaine mais remplie de mystères : le monastère de Saint-Thaddeus, appelé localement Qara Kelisa. Perdu sur les hauts-plateaux entre Makou et la frontière turque, ce monastère a une histoire remplie d’évènements violents. Et pourtant, il a subsisté jusqu’à aujourd’hui. Les arméniens d’Iran organisent même un pèlerinage tous les ans pour célébrer un des saints apôtres qui aurait amené le christianisme dans cette région du monde.

A Makou, je trouvais un chauffeur qui m’amènerait à travers les 40 kilomètres de route montagneuses pour atteindre le monastère. La route coupait un paysage grandiose à chaque virage. La sortie de la vallée de Makou se faisait sur une traînée d’asphalte qui grimpait à flancs de montagne escarpées. Arrivée sur le plateau, la route serpentait presque tranquillement au milieu de paturages d’herbe rase qui s’étendaient jusqu’aux montagnes à perte de vue. Au détour du dernier virage se laissait finalement apercevoir le monastère. Je prenais mon temps pour faire le tour des bâtiments millénaires puis nous reprenions la voiture pour rentrer vers Makou avant que la journée ne soit trop avancée. Mon chauffeur était un azéri d’Iran longtemps émigré pour raisons économiques à Istanbul, qui parlait mieux le turc que le persan. Sur le chemin du retour, il me proposait de boire un thé chez un de ces amis qui habite dans le hameau qui borde la route un peu plus loin. Quelques instants plus tard, la Peykan quitte la route goudronnée pour s’engager sur un chemin de terre qui s’achève devant un groupe de trois maisons.

Nous descendons de voiture et immédiatement s’avance vers nous l’ami berger du chauffeur et son troupeau de moutons. Le berger reconnait de loin son chauffeur d’ami et nous accueille tous les deux très chaleureusement. Une fois les présentations faites, le berger appelle sa femme pour lui demander d’amener un sofreh (une nappe), du pain, du yaourt et du thé. La femme du berger s’exécute assez rapidement, et nous voila installés autour d’une nappe au milieu des hauts-plateaux de l’Azerbaïdjan iranien, un troupeau de moutons à nos côtés. Le pain lavash et le yaourt sont faits maison et sont délicieux. Ce yaourt de brebis est sûrement le meilleur que j’aie gouté jusqu’ici… Le thé nous réchauffe tous trois, le soleil couvert et le vent des hauts-plateaux rafraichit rapidement l’atmosphère, même en plein été.

Nous restions assis une grosse demie-heure à discuter, dans une langue mélangeant le persan, l’azéri et les signes avant que mon chauffeur sonne le signal du départ pour ne pas faire la route restante de nuit. Nous montions en voiture pour rejoindre la civilisation moderne tandis que les bergers allaient se préparer à parquer leurs moutons pour les protéger des loups, comme il y a 3000 ans.

La série Une Photo, Une Histoire , est une série d’histoires courtes illustrées par une seule photo, publiées chaque semaine sur ce blog. Un tirage de cette photographie peut-être acheté directement ici. Le nombre de tirages de chaque photographie est limité à 25 exemplaires, signés et numérotés.
Format

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décembre 29th, 2009 at 5:11

1 photo, 1 histoire #17 : A la poursuite d’une vie meilleure

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Contexte : Sur le port de Patras, en compagnie des migrants afghans essayant de passer clandestinement en Italie.

K. en train de courir vers le camion qui l'emmènera peut-être en Italie.

K. en train de courir vers le camion qui l'emmènera peut-être en Italie.

Depuis début décembre, j’ai été très occupé et je n’ai pas eu vraiment le temps de continuer la série une photo, une histoire. J’essaie de réparer ça en postant cette photo qui illustre mes posts du mois de décembre.

Dans mes précédents posts, je décrivais les allées et venues sur le port de Patras. J’ai passé la semaine à parler et à photographier les candidats à l’immigration clandestine vers l’Italie. Pour cette photo, je suis de l’autre côté du grillqge du port, à l’extérieur. A mes côtés, plusieurs afghans qui regardent la scène ou donnent des indications à ce jeune homme de 23 ans qui cours vers le camion qui l’emmènera peut-être vers l’Italie. Les migrants et les policiers jouent une espèce de guerre dans laquelle deux camps s’affrontent. Les migrants restés à l’extérieur renseignent ce jeune homme qui court sur la position des policiers ou des chauffeurs de camion afin de lui permettre de se glisser sous les essieux de la remorque.

Moins de 5 secondes après que cette photo ait été prise, K. était caché sous les essieux. Malheureusement pour lui, un chauffeur l’a aperçu et il s’est fait déloger de sa cachette moins de 2 heures plus tard. 3 jours plus tôt, K. avait réussi à se rendre en Italie par le même moyen, mais il avait été découvert lors des contrôles de sécurité lors du débarquement à Bari. Il avait été directement renvoyé en Grèce, sur le même bâteau qui l’avait amené à Bari. Tous les candidats à la migration tentent le passage plusieurs fois par jour. Ils se font découvrir pqr les chauffeurs, les policiers, la sécurité du port…

K. essaiera encore de passer jusqu’à ce qu’il réussisse. Tout est question de chance. Au moins 5 des garçons avec qui j’ai sympathisé cette semaine ont réussi à passer de la même façon et sont arrivés en Italie, sains et saufs, et sans se faire repérer par la police. Leur route sera encore longue jusqu’au pays qu’ils visent, mais ils ont eu suffisament de chance cette fois-ci pour passer un des points les plus difficiles de la route…

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décembre 26th, 2009 at 3:48

Bonnes Fêtes à tous

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Je souhaite à tous mes lecteurs de bonnes fêtes de fin d’années.

De retour en France pour quelques temps, les posts réguliers du blog vont pouvoir reprendre. Prochainement, vous pourrez retrouver les séries Une Photo, Une Histoire et l’Iran pour les nuls. Les prochains articles lèveront le voile sur un pan de la vie de bergers iraniens  puis de migrants afghans. Afin de découvrir encore un peu mieux l’Iran, je consacrerais les prochaines articles au hijab en Iran, au chiisme ou encore aux empires iraniens pré-islamiques.

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décembre 24th, 2009 at 12:30

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La Grèce, ce n’est pas vraiment l’Europe

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Je profite de mes dernières heures en Grèce pour engager tous mes lecteurs à venir visiter ce beau pays. Comme je le précise dans mon titre, je n’ai pas vraiment eu l’impression d’être dans un pays européen au sens où on l’entend habituellement.

J’ai eu la chance d’être hébergé chez des grecs pendant les trois semaines de mon séjour, partagé entre Patras et Athènes. L’hospitalité des grecs est immense, et je suis content d’avoir trouvé de nouveaux amis dans ce pays que je reviendrais visiter. Je dois encore voir le nord du pays, les îles et les villages pour me faire une meilleure idée de ce qu’est la vie des grecs, mais ce que j’ai vu m’a beaucoup plu. J’ai aussi l’impression que la Grèce est le plus iranien des pays européens.

Les similitudes entre l’Iran et la Grèce sont plus nombreuses qu’on peut le penser. J’ai d’abord été frappé par la ressemblance physique des gens que j’ai croisé dans la rue. Les peaux claires et les yeux verts sont certes plus nombreux en Grèce qu’en Iran, mais certains grecs pourraient aisément passer pour iraniens et vice-versa. Certains types de sonorités dans la musique grecque sont aussi très similaires aux sonorités de certaines chansons iraniennes. Même certains magasins des quartiers populaires d’Athènes ressemblent à ceux que j’ai pu voir en Iran : peu d’attention est portée aux devantures des magasins, ce sont la diversité et la simplicité des produits qui comptent le plus. L’hospitalité offerte aux étrangers me parait aussi similaire. Dans le vocabulaire même des deux langues, on peut trouver des mots aux racines communes : les gombos s’appellent Bamies en grec et Bâmieh en persan, par exemple. Les hommes grecs, comme les hommes iraniens, passent beaucoup de temps dans les cafés. Dans les cafés les plus traditionnels, on ne voit que des hommes, un petit peu comme dans les qavehkhane iraniennes…

Je me suis demandé pourquoi j’avais cette impression et j’ai peut-être trouvé un début de réponse dans l’histoire de ces deux pays. Il y a 2500 ans, l’empire Perse et les grecs étaient fréquemment en guerre pour se disputer le contrôle de l’Asie mineure et des côtes orientales de la Méditerrannée. Puis Alexandre le Grand a conquis l’Empire Perse vers 300 av. J.-C. En Perse, l’histoire raconte qu’il s’est marié à une princesse iranienne, Roxane. Certains de ses soldats ont également pris femme dans les contrées conquises. A la mort d’Alexandre, ses généraux se sont disputés le pouvoir, et ainsi est né l’empire Séleucide. Je suis à peu près persuadé, même si je n’ai pas pu encore vérifier cette théorie, que les deux population se sont mélangés à partir de cette époque et que c’est la raison pour laquelle  je perçois tant de similitudes. Je chercherais quelques textes de ce côté pour voir si je suis complètement à côté de la plaque ou si mon analyse n’est pas trop déconnante.

Je dois maintenant boucler mon sac avant de reprendre l’avion vers Paris dans quelques heures. Il parait que je vais perdre une quinzaine de degrés, le soleil et l’air sec pour retrouver le froid et l’humidité parisienne, et la neige qui recouvre la France. Je ne suis pas encore parti, mais j’ai déjà hâte de revenir…

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décembre 21st, 2009 at 1:53

Retard…

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Je prends un peu de retard sur mon programme de publication de billets sur le blog. Ces derniers jours à Athènes ont été très occupés. Entre la recherche de contacts, les rendez-vous et la recherche d’adresses en de nombreux endroits de la ville, je n’ai pas eu le temps de me poser pour écrire.

Les situations dont je suis témoin sont tellement dures, les conditions de vie des migrants en Grèce tellements honteuses pour l’Union Européenne que j’ai besoin de passer mes nuits dans des tavernes grecques pour me changer les idées. Les sons du bouzouki ou de la lyra aident à penser à autre chose qu’à la misère vue dans les rues du centre d’Athènes.

Je serais de retour en France pour les fêtes et j’aurais plus de temps pour reprendre les différentes séries d’article qui sont d’ordinaire régulières.

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décembre 18th, 2009 at 11:40

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Une journée mouvementée

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Aujourd’hui, sur le port de Patras, la journée a été mouvementée par rapport aux trois jours passés. Les camions étaient beaucoup plus nombreux à embarquer sur des bateaux, et en conséquence, les tentatives de passages ont été encore plus nombreuses.

J’ai passé la journée près des grilles du port à observer le manège et la tragédie qui se joue tous les jours à Patras. Les tentatives pour se mettre sous un camion ou dans une remorque suivent les heures de départ des bateaux, qui s’étalent entre 14 h et minuit. Les camions sont présents une ou plusieurs heures avant leur départ, et se parquent en file indienne près du bateau dans lequel ils vont monter. Les migrants afghans passent par dessus les barrières du port, garnies de barbelés. A certains endroits, le passage est plus aisé que d’autres. Il se joue ensuite un jeu à mi-chemin entre le cache-cache et le chat et la souris. Malheureusement, ce jeu n’est absolument pas drôle à regarder, mais il retourne le coeur.

Une fois à l’intérieur de l’enceinte du port, les afghans courent, se cachent derrière un muret, dans un recoin, avant d’atteindre le camion qu’ils ont repéré depuis l‘extérieur. Certains modèles de remorques permettent de se glisser dessous, alors que d’autres ne disposent pas d’endroits où tenir pendant plus de 20 heures. Une fois à l’intérieur de l‘enceinte, tout est affaire de chance. Si personne ne remarque, le clandestin se glisse sous un camion, parfois avec une ou deux planches de bois pour s’aménager une place. Il faudra ensuite qu’il ait encore plus de chances pour passer les contrôles de police avant l’embarquement. Si il est découvert en pleine journée, les policiers le font sortir en l’insultant. S’il est découvert en pleine nuit, il existe de fortes probabilités pour qu’il soit sorti à coups de matraques et de coups de pied, puisque la noirceur de la nuit diminue le nombre de témoins potentiels.

Dans l’enceinte, les policiers patrouillent à partir de midi. S’ils voient des migrants, ils les poursuivent en voiture, en moto, à pied ou en scooter; toujours en les insultant. Les migrants ressortent généralement par où ils sont rentrés, quasiment jamais par la grande porte.

J’ai vu des hommes entre 16 et 30 ans tenter le passage plus de 5 fois aujourd’hui. Après plusieurs heures passées à aller d’un bout à l’autre du port, j’apprends qu’un afghan et un iranien avec qui j’avais sympathisé depuis quelques jours ont réussi à se trouver une place sous un camion. En ce moment même, ils sont toujours sous une remorque. Nous verrons bien demain s’ils téléphonent à leurs amis ici pour leur dire s’ils sont bien arrivés ou s’ils vont être renvoyés. J’ai ainsi revu un garçon aujourd’hui qui avait réussi à embarquer pour l’Italie. Il est arrivé jusqu’à Bari. Depuis sa cachette sous une remorque, il avait compris qu’il était en arrivé en Italie car son téléphone était passé du réseau Vodafone grec au réseau Vodafone italien. Malheureusement pour lui, il s’est fait attraper par la police italienne avant de pouvoir sortir de l’enceinte du port de Bari, et a été renvoyé en Grèce dans le même bateau que celui dans lequel il venait de faire la traversée. Au lieu de voyager en soute, il a voyagé enfermé dans une cabine et a passé plus de 20 heures sans manger ni boire. De retour en Grèce, il est pris en charge par la police qui le garde quelques heures puis le relache. Les histoires comme celles-ci, j’en ai vu plusieurs en une semaine, et j’en ai entendu beaucoup d’autres similaires.

La police grecque m’a également repéré en train de trainer autour du port, et a cherché à savoir ce que je faisais. Mais je n’avais pas l’impression d’être dans un pays européen : à trois reprises, un policer à moto s’approche de la grille, et au lieu de saluer et de poser ses questions de manière « posée », il s’adresse à moi littéralement en me gueulant dessus, juste pour me demander qui je suis en ce que je fais. Comme je ne comprends pas ses questions, je préfère lui tourner ledos (je sais qu’une barrière nous sépare et qu’il ne peut pas quitter le poste qui lui a été assigné dans l’enceinte), et repartir de l’autre côté de l’avenue qui longe le port. Les afghans me traduiront ensuite ce qu’il a dit.

Avec cette expérience de la police grecque, je comprends facilement la défiance des grecs vis-à-vis de leur police ainsi que les émeutes qui ont éclaté dans le pays.

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décembre 9th, 2009 at 9:57

Des rires malgré tout

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Je suis à Patras depuis quelques jours et j’ai passé la plus grande partie de mes journées avec les migrants afghans qui attendent de pouvoir tenter le passage vers l’Italie. Ce travail est un travail de longue haleine, commencé en France, qui m’amènera dans plusieurs pays sur leurs traces. Depuis les nombreux mois que je suis entré dans ce monde parallèle, je ressens ces jours-ci un sentiment différent des autres pays dans lesquels je les ai vus.

De tous les pays que les migrants afghans traversent pour se rendre en Europe, la Grèce est de loin le plus éprouvant, mentalement parlant. Pays d’entrée en Europe, la Grèce ressemble pourtant plus à l’Asie qu’à l’Europe : aucune aide n’est apportée aux migrants, ni de la part de l’Etat, ni des églises, ni des ONG. Seuls quelques personnes bien intentionnées apportent quelques objets ou du pain aux afghans, qui sont parfois obligés de se nourrir des oranges qui alourdissent les branches des parcs de la ville. Aucun hébergement n’est prévu pour les centaines de migrants qui errent dans la ville. Jusqu’au mois de juillet cette année, Patras était connu pour son bidonville hébergeant les migrants. Après quelques semaines loin du centre ville, ils ont réinvesti les abords du port. Ils dorment dans des immeubles en construction, sous des wagons abandonnés, squattent des maisons en ruine. Dans un parc ou sur la plage. La journée, leurs sacs de couchage et leurs couvertures sont cachés pour ne pas être enlevés par la police ou par les services municipaux.

Et pourtant, malgré cette situation misérable, les afghans de Patras peuvent passer des heures à plaisanter. Le premier sujet qui les fait rire sont leurs mésaventures sur la route. Parfois, ils réussissent à se cacher sous un camion, mais celui-ci fait repart vers Athènes au lieu de prendre le bateau comme ils l’attendaient. Ils réussissent à descendre à quelques dizaines de kilomètres de la ville et reviennent à pied. Parfois, ils ne peuvent pas descendre du camion avant que la porte de la remorque s’ouvre. Et dans un cas que j’ai entendu, quatre afghans se sont retrouvés dans un entrepôt d’Athènes en partant de Patras. Les chauffeurs qui les ont trouvé ont eu suffisament d’humanité pour ne pas les dénoncer à la police, leur ont donné à boire, à manger et quelques euros pour reprendre le train en direction de Patras. Ce genre d’histoires fait rire les afghans qui tuent le temps en face des grilles du port.

Certains afghans ont plus d’expérience que d’autres. Je parle de l’expérience de la route de migration, puisqu’ils y arrivent en Grèce pour la deuxième ou la troisième fois depuis l’Afghanistan. Et ceux-là ont pu observer les différences culturelles qui peuvent exister entre l’Afghanistan et les pays européens. Ils partagent leurs souvenirs avec les plus jeunes, qui apprennent ainsi de nombreuses choses sur la vie en Europe. Et ils trouvent souvent une façon drôle de raconter leurs histoires. Ces moments de bonne humeur et de rigolade tranchent avec les regards perdus et désespérés que j’ai pu apercevoir chez certains. Comme-ci l’humour permettait de combattre la misère dans laquelle ils se retrouvent en Grèce. Ces moments de rire donnent de l’optimisme, un peu d’humanité à la situation honteuse dans laquelle les met le règlement Dublin et les politiques migratoires de la technocratie européenne.

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décembre 7th, 2009 at 11:58

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Les objectifs économiques et le journalisme ne font pas toujours bon ménage.

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Je rapporte une histoire que j’ai entendu de la bouche de plusieurs afghans aujourd’hui, sans pouvoir la vérifier auprès d’autres sources pour l’instant. Cependant, les versions entendues auprès de plusieurs concordent: Je suis un peu révolté par le procédé employé, c’est la raison pour laquelle je veux le partager.

La semaine dernière, un journaliste étranger est venu à Patras pour faire un reportage sur les migrants qui essaient de prendre le bateau pour l’Italie. Je suppose qu’il n’avait que peu de temps pour faire son reportage, car il a offert de l’argent à un jeune pour qu’il passe les grillages du port et se glisse sous un camion afin de lui permettre d’avoir des images pour son article. Le jeune l’a fait, s’est caché sous un camion puis est revenu de l’autre côté de la grille, heureusement pour lui sans se faire attraper par la police.

Même si ce genre de scènes a lieu quotidiennement à Patras, le procédé employé par ce journaliste me semble déontologiquement incorrect. Il a rapporté à son journal des images mises en scènes. L’histoire aurait aussi pu couter cher au jeune homme qui a accepté son argent, car il aurait sûrement été frappé par les policiers qui l’auraient trouvé, comme cela est presque toujours le cas à Patras.

J’imagine que ce journaliste était envoyé par une publication qui avait les moyens et qui avaient rapidement besoin de son article avec des images choc. Les images que les lecteurs verront ne sont qu’une mise en scène qui ressemble à la vérité.

Si tous les journalistes travaillaient de la même façon, l’information serait-elle réduit à un simple spectacle ?

Technorati : , , , , , , , ,
Del.icio.us : , , , , , , , ,

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décembre 7th, 2009 at 1:22

Un ferry en hiver

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J’ai pu charger les photos prises à bord du ferry entre Bari et Patras. Voici donc la suite du post « Haute saison-Basse saison«   en images. Merci de suivre le lien pour voir l’album complet.

Seul sur le pont

Seul sur le pont

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décembre 5th, 2009 at 3:01