Archive for avril, 2010
Une photo, une histoire # 27 : Des cibles bien identifiées ?
Contexte : Patras, en marge des manifestations célébrant le premier anniversaire de la mort d’Alexandros Grigoropoulos, 6 décembre 2009.
Les évènements récents qui ont secoué la Grèce, les manifestations, les bombes posées par les anarchistes, la mort d’un réfugié afghan de 15 ans, par erreur, m’ont rappelé les scènes auxquelles j’avais assisté en décembre 2009 à Patras et à Athènes. Une occasion de ressortir une photo d’archives pour se remémorer la situation en Grèce.
Le 22 mars 2009, trois bombes explosent dans Athènes, revendiquées par la « Conspiration des Cellules de Feu ». Elles visent le siège d’un groupe néo-nazi, le domicile d’un responsable pakistanais et un centre de la police des étrangers. Le groupe anarchiste entend ainsi dénoncer le débat en cours sur l’immigration. Lors de mon voyage en Grèce afin de travailler sur la question des migrants afghans, j’avais déjà eu l’occasion de sentir ces tensions autour de l’immigration. Les groupes néo-nazis la combattent, parfois violemment. Les policiers n’acquittent que leur mission de répression. Les migrants sont parfois pris au piège de la Grèce et du règlement Dublin II. Ajoutez à cela le contexte d’une crise globale, d’effets désastreux sur l’économie grecque et voilà réunis les conditions de l’agitation et des grèves qui secouent la Grèce depuis quelques semaines.
Les groupes anarchistes grecs semblent organisés depuis un bon moment et j’avais été surpris de voir leur capacité d’opposition aux forces de police. Lors de la manifestation à Patras célébrant le premier anniversaire de la mort d’Alexandros Grigoropoulos, le 6 décembre 2009, je m’étais retrouvé par hasard sur le passage du cortège, accompagné des afghans que je suivais alors. Leur premier réflexe fut de prévoir la casse et l’arrivée de la police puis de regagner leurs pénates dès que les pierres ont commencé à pleuvoir sur le bureau de poste voisin. Je restais pour suivre les manifestants, dont une bonne partie étaient de tendance anarchiste et portaient les insignes rouge et noir de leurs convictions politiques.
Une fois la colère du groupe déclarée, toute les institutions financières de l’avenue traversée par la manifestation ont été prises pour cibles. Le chaos était organisé puisque certains s’occupaient de récupérer du matériel urbain, de trouver des projectiles en détruisant les trottoirs pendant que d’autres se chargeaient d’utiliser ces armes contre les façades des banques ou les distributeurs de billets. Aucun vol n’a eu lieu d’après ce que j’ai vu, juste une volonté d’incapaciter les banques et de rendre plus difficiles leurs opérations. Après quelques dizaines de minutes de frénésie et quelques cocktails molotovs lancés, les sirènes des pompiers et de la police commencent à se faire entendre dans la ville. Le noyau des manifestants anarchistes se retranche vers le grand immeuble squatté et bardé de banderoles revendicatrices en centre ville, certains ayant pris soin d’enflammer des poubelles au milieu des rues alentours. Le plus étonnant dans ces scènes était sans doute l’attitude des autres habitants, qui semblaient habitués à ce genre de débordements. En attendant l’arrivée des pompiers, une femme avait pris son tuyau d’arrosage et essayait d’éteindre la poubelle brûlant trois étages sous son balcon.
Aujourd’hui la situation en Grèce se fait plus tendue. La colère monte dans toutes les couches de la population, chez les fonctionnaires, chez les retraités. Chez les militants anarchistes et chez les jeunes. Selon un photojournaliste anglais basé à Thessalonique, « A côté des grèves et des manifestations publiques, il y a aussi la crainte que l’agitation sociale montante ne déclenche une répétition de la révolte prolongée un mois durant qui a balayé le pays en décembre dernier à la suite de la mort d’un adolescent, qui aurait été abattu par la police au centre d’Athènes ».
Plus d’infos sur les émeutes de 2008 en Grèce ? Par ici.





