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1 Photo, 1 Histoire#24 : Les oliviers d’Athènes
Contexte : sur le Parthénon, le temple des Caryatides.
Pour cette histoire, je mixe la grande et la petite. Alors que j’étais à Athènes au mois de décembre, on me racontait l’histoire légendaire de la fondation d’Athènes.
Alors que nous étions en train de faire un tour d’Athènes by-night, j’apprenais la légende qui donnait son nom à la ville d’Athènes, depuis la colline du Lycabète, qui offre une jolie vue sur le Parthénon.
Alors que le village qui allait devenir Athènes venait d’être fondé, la déesse Athéna et Poséidon voulait tous deux prendre la ville sous leur protection, puisque le Destin avait décidé qu’elle deviendrait la ville la plus puissante et la plus prospère de toute la Grèce. Les deux dieux s’opposaient sur cette protection, et même Zeus ne réussit pas à les mettre d’accord. Athéna proposa de laisser décider les habitants de la ville. Le peuple se réunit donc sur l’Acropole et déciderait en fonction du cadeau que chacun des Dieux allait offrir à la ville. Poséidon donna un cheval et Athéna donna un olivier.
Un ancien, représentant le peuple d’Athènes, prit la parole et dit que les deux cadeaux étaient dignes d’être acceptés. Cependant, le cheval représentait la puissance acquise par la guerre alors que l’olivier représentait la richesse acquise par la terre et la paix. Parce que le résultat de la guerre était plus incertain, et parce que la paix apportait des richesses jugées plus durables, les athéniens choisirent l’olivier, don d’Athéna, qui donne ainsi son nom à la ville d’Athènes.
C’est ainsi que l’olivier devint le symbole d’Athènes. Quand je me promenais sur le Parthénon, quelques jours après avoir entendu cette histoire, je trouvais que cette image d’un olivier poussant au flanc du temple des Caryatides représentait bien l’Athènes éternelle, propriété du peuple grec autant que du monde occidental.
1 Photo, 1 Histoire #23 : Leçon de drague à l’iranienne
Contexte : Passage Qaem, un centre commercial du nord de Téhéran.
En Iran, la vie est différente. Pas seulement parce que la culture est différente, mais aussi parce que la loi règlemente des affaires privées auxquelles les législateurs des autres pays n’auraient pas pensé. Il est, entre autres, interdit de fréquenter une personne du sexe opposé avec qui on n’est pas marié ou avec qui on n’a pas de liens filiaux. Alors comment font les gens pour se rencontrer et se marier me demanderez-vous ?
La solution traditionnelle, c’est de laisser les familles s’arranger entre elles. Cette solution a de moins en moins court. Sinon, comme dans tous les pays du monde, les garçons et les filles se rencontrent, se connaissent et finissent par avoir une relation amoureuse. Certes. Mais la loi iranienne oblige à des contorsions et des techniques de contournement tout à fait spéciales. Puisqu’il est difficile pour un garçon et une fille de s’aborder dans l’espace public quand ils ne se connaissent pas, les rencontres se font en plusieurs étapes.
Les centres commerciaux et les food courts où se retrouvent la jeunesse dorée de Téhéran servent de théatre à ce ballet des sentiments. Des groupes de filles et de garçons déambulent en faisant du lèche-vitrine et se croisent et se recroisent. Des regards et des sourires s’échangent. Au bout d’un moment, on peut voir un jeune homme tendre une carte de visite à une demoiselle qui lui plait. Ou l’inverse. Ils pourront ainsi se contacter par téléphone ou par messagerie instantanée et faire plus ample connaissance. S’ils se plaisent, ils pourront alors décider de sortir dans un des cafés ou petits restaurants discrets, à l’abri des regards inquisiteurs des représentants de la loi.
Le ballet des jeunes filles et des jeunes hommes était tel que je l’ai vu ce jour-là au passage Qaem, un centre commercial du quartier de Tajrish, au nord de Téhéran. Observer le ballet depuis les claires voies ouvertes d’un étage à un autre me permettait de mieux observer le manège, qui devenait évident. Un autre jour, le même genre de scène se déroulait devant mes yeux, mais je n’ai pas pu le conserver en images. Une voiture de jeunes hommes était prise dans les embouteillages à côté d’une voiture de jeunes filles. Il faisait chaud, les fenêtres étaient ouvertes et le trafic vraiment bloqué. Les garçons entamèrent donc la conversation sans quitter leurs sièges, jusqu’au moment ou le conducteur passait son bras par la fenêtre pour tendre un bout de papier, sur lequel il avait sûrement griffoné son numéro de téléphone, à la passagère de la voiture voisine.
Peu importe les barrières imposées par la loi, l’Homme pourra toujours trouver un moyen de les contourner s’il doit le faire.
Une photo, une histoire #20: Monte Alban
Contexte : Au sommet d’une des pyramides de Monte Alban, site archéologique zapotèque à proximité de la ville d’Oaxaca, Mexique.
De retour dans la grisaille parisienne, j’avais envie d’un peu de soleil ; c’est pour cette raison que j’ai choisi cette photo de Monte Alban.
Monte Alban est un site archeologique zapoteque, situé à une dizaine de kilomètres d’Oaxaca, dans le sud du Mexique. Le site a la particularité d’être construit au sommet d’une colline, arasée par la main de l’homme, qui surplombe de 400 m trois vallées qui l’entourent, à plus de 1940 m au dessus du niveau de la mer. Occupé entre 500 av. J.-C. et 800 ap. J.-C. le site a ensuite été abandonné. Patrimoine mondial de l’humanité depuis 1987, le site peut maintenant être visité facilement depuis Oaxaca.
J’étais au Mexique en 2001 pour un échange universitaire, et nous avions décidé, avec deux compères, de mettre à profit notre temps libre avant dedevoir rentrer en France pour visiter le sud du Mexique. Nous étions passés par le Yucatan, puis le Chiapas avant d’arriver en Oaxaca.
Puisqu’il n’est pas possible de considérer une visite touristique à Oaxaca complète sans avoir vu Monte Alban, nous avons voulu y venir. Mais pas en prenant un bus ou un taxi qui nous amènerait directement au site. Puisque Monte Alban était un centre religieux en haut d’une montagne, et parce que nous n’aimions pas la facilité, nous avons pris la méthode la plus courageuse (et aussi la moins chère pour les étudiants que nous étions). Un colectivo (les transports en commun mexicains) nous amènerait en banlieue d’Oaxaca, au pied de la montagne, et nous finirions les 3 ou 4 kilomètres d’ascencion à pied. Le temps étqit clément et ensoleillé, même si nous étions en plein mois de décembre. Nous avons donc laissé le bus puis entamé cette montée qui a du nous prendre une bonne heure. La pente était raide, mais la chaleur ne nous assomait pas. Le soleil du matin n’était pas encore chaud. Nous étions les seuls à faire la montée à pied, et quelques minibus de touristes nous ont dépassé en nous faisant respirer leur poussière.
Arrivés au sommet de la colline, nous sommes rentrés dans le site archéologique qui nous a offert un spectacle à couper le souffle. La colline est située au point de rencontre de trois vallées et la vue depuis les constructions pré-colombiennes était éPoustouflante. Nous surplombions les vallées depuis les hauteurs, le ciel était d’un bleu profond et cosmique. Depuis la plateforme sud d’où a été prise cette photo, nous contemplions les restes d’une civilisation éteinte, qui ne connaissait pas la roue mais avait eu la force d’araser le sommet de cette colline pour en faire sa capitale.
Devant ce spectacle du bleu du ciel, du jaune de l’herbe en pleine saison sèche et de la force d’esprit de l’humanité qui nous a précédé, nous ne pouvions que rester muet devant un paysage si grandiose…
| La série Une Photo, Une Histoire, est une série d’histoires courtes illustrées par une seule photo, publiées chaque semaine sur ce blog. Un tirage de cette photographie peut-être acheté directement ici. Le nombre de tirages de chaque photographie est limité à 25 exemplaires, signés et numérotés. |
1 Photo, 1 Histoire#16 : Un Squat à Amsterdam
Contexte : Amsterdam-Noord, dans une zone d’anciens chantiers navals.
Lors d’un week-end à Amsterdam, je remarquais le nombre relativement importants de lieux squattés. Un des lieux qui m’a frappé était un espace vitré sous un pont qui était occupé par au moins 3 personnes à en juger d’après le nombre de matelas aperçus depuis la rue. Je me demandais alors pourquoi le squat de bâtiments était aussi peu caché en Hollande.
La réponse est légale. Et pleine de bon sens batave : si un bâtiment est vide et inoccupé pendant douze mois, et que le propriétaire n’a aucun besoin pressant de l’utiliser (contrat de bail démarrant le mois suivant par exemple) ; alors le bâtiment peut être squatté légalement. L’usage veut aussi que les squatteurs envoient une lettre au propriétaire et invitent la police à venir inspecter le squat. La police vérifie alors qu’il y ait au moins un lit, une chaise et une table dans le lieu, ainsi qu’un cadenas en état de fonctionnement sur la porte du squat. De cette manière, le squat vérifie les termes légaux le concernant et les squatters ne risquent pas l’expulsion immédiate. Les squats sont parfois légalisés, comme dans le cas du Poortgebouw à Rotterdam, dont les occupants ont accepté de payer un loyer à la municipalité depuis 1982.
Amsterdam est une ville peu étendue et très peuplée. Plusieurs quartiers ont été gagnés sur la mer. La pression sur les logements pourrait expliquer le phénomène des squats à Amsterdam et en Hollande en général. Les libertaires hollandais et d’ailleurs installés à Amsterdam y sont aussi sûrement pour quelque chose.
Pour découvrir une autre facette d’Amsterdam, je décidais d’aller explorer les quartiers recelant des squats potentiels. Pour la première fois depuis des années, j’allais passer au delà du Het IJ, dans les quartiers nord d’Amsterdam. La majorité des coins près de l’eau sont plutôt des zones portuaires, dont certaines sont maintenant inutilisées. Au bord de ce qui ressemblait à un ancien bassin de radoub rempli d’eau, je remarquais les éléments qui se combinent sur cette photo : la grue, le tram en bout de ligne, et le moai sur le container. Le Moai avait été posé là par l’occupant du container, qui s’est aménagé une bien jolie cabane avec jardin donnant sur l’eau. Le tramway est également habité et accueillait au moins un couple dans ses deux wagons. Au bord de l’eau, dans un jardinet avec un moai qui guette l’horizon au-dessus de sa tête, le squatteur ne doit pas avoir l’impression d’être au centre des Pays-Bas.
Pour continuer la promenade dans les rues d’Amsterdam, rendez-vous par ici.
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Une photo, une histoire #14 : la déception au bout de la route.
Contexte : Un quai de Paris où dorment les demandeurs d’asile afghans, octobre 2009.
L’actualité a parlé des Afghans dernièrement. Périodiquement depuis une bonne dizaine d’années. En 2002, c’était Sangatte ; en 2009, c’est Calais. L’histoire se répète. Les afghans viennent chercher l’espoir de survivre, ou de mieux vivre en Europe ou ailleurs. Quand ils arrivent en France, après plusieurs mois ou plusieurs années de voyage, nombreux sont ceux qui viennent y chercher la démocratie, l’égalité ou la liberté. Ils sont généralement déçus, car la réalité qui les attend ne correspond pas aux idées de Liberté, d’Egalité et de Fraternité qui sont affichées sur les frontons des bâtiments publics.
Si le candidat afghan à l’asile dans un pays européen a réussi à survivre à la traversée du Pakistan, de l’Iran, et de la Turquie ; s’il a pu passer en Grèce sur des bâteaux pourris vendus à prix d’or par les passeurs, il entre enfin dans l’Union Européenne. Enfin, s’il a échappé à FRONTEX, l’agence de surveillance des frontières extérieures de l’Europe. Une fois dans l’espace européen, le demandeur d’asile devient soumis au règlement Dublin II. Ce règlement européen, datant de 2003, établit les mécanismes de la demande d’asile dans un cadre de coopération entre les états membres. En pratique, cela signifie que lors du premier contrôle de police auquel est soumis le demandeur d’asile, ces empreintes sont prises, et la plupart du temps gardé dans un fichier interrogeable par un autre pays. Quand ce demandeur d’asile vient déposer sa demande en France par exemple, alors qu’il a été arrêté par la police grecque, il y a de très grandes chances pour que ses empreintes soient reconnues. La France demandera donc à la Grèce de prendre en charge la demande d’asile. Et la Grèce refusera sûrement la prise en charge. Le migrant se retrouve alors dans une situation impossible. Il arrive dans un autre pays ? Celui-ci voudra le renvoyer en Grèce. La Grèce ne veut pas de lui. Le migrant afghan ne peut rentrer dans son pays, car il risque d’y mourrir ou d’être déshonoré pour son échec.
Commence alors une errance pratiquement sans fin pour les migrants afghans, qui sont une majorité d’hommes jeunes. Ballotés d’un pays à un autre, d’une demande d’asile à une injonction à quitter le territoire, ils s’installent au coeur des villes et deviennent pratiquement invisibles à la population autour d’eux. Ceux qui dorment le long du Canal Saint-Martin à Paris retirent du sol couvertures et cartons dès leur réveil. Ils les cachent pendant la journée pour pouvoir les retrouver le soir. La journée est rythmée par les queues qu’ils font matin, midi et soir pour obtenir un petit déjeuner ou un rendez-vous à la préfecture.
Cette photo prise entre 20h et 21h, juste avant que les demandeurs d’asile ne viennent s’installer sous un pont montre la face misérable de l’émigration afghane dans toute l’Europe. D’autres images montrent un visage plus humain, et j’en posterais sans doute quelques unes de plus pendant la réalisation d’un projet au long cours avec ces afghans qui passent des années sur les routes de l’Europe. Pour plus de questions à ce sujet, n’hésitez pas à me contacter.
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