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Une photo, une histoire #18 : Des bergers iraniens
Contexte : quelque part entre Qara Kelisa et Makou, dans l’extrême nord-ouest de l’Iran.
Je voyageais en Iran pendant plusieurs mois en 2005. J’avais choisi une destination lointaine mais remplie de mystères : le monastère de Saint-Thaddeus, appelé localement Qara Kelisa. Perdu sur les hauts-plateaux entre Makou et la frontière turque, ce monastère a une histoire remplie d’évènements violents. Et pourtant, il a subsisté jusqu’à aujourd’hui. Les arméniens d’Iran organisent même un pèlerinage tous les ans pour célébrer un des saints apôtres qui aurait amené le christianisme dans cette région du monde.
A Makou, je trouvais un chauffeur qui m’amènerait à travers les 40 kilomètres de route montagneuses pour atteindre le monastère. La route coupait un paysage grandiose à chaque virage. La sortie de la vallée de Makou se faisait sur une traînée d’asphalte qui grimpait à flancs de montagne escarpées. Arrivée sur le plateau, la route serpentait presque tranquillement au milieu de paturages d’herbe rase qui s’étendaient jusqu’aux montagnes à perte de vue. Au détour du dernier virage se laissait finalement apercevoir le monastère. Je prenais mon temps pour faire le tour des bâtiments millénaires puis nous reprenions la voiture pour rentrer vers Makou avant que la journée ne soit trop avancée. Mon chauffeur était un azéri d’Iran longtemps émigré pour raisons économiques à Istanbul, qui parlait mieux le turc que le persan. Sur le chemin du retour, il me proposait de boire un thé chez un de ces amis qui habite dans le hameau qui borde la route un peu plus loin. Quelques instants plus tard, la Peykan quitte la route goudronnée pour s’engager sur un chemin de terre qui s’achève devant un groupe de trois maisons.
Nous descendons de voiture et immédiatement s’avance vers nous l’ami berger du chauffeur et son troupeau de moutons. Le berger reconnait de loin son chauffeur d’ami et nous accueille tous les deux très chaleureusement. Une fois les présentations faites, le berger appelle sa femme pour lui demander d’amener un sofreh (une nappe), du pain, du yaourt et du thé. La femme du berger s’exécute assez rapidement, et nous voila installés autour d’une nappe au milieu des hauts-plateaux de l’Azerbaïdjan iranien, un troupeau de moutons à nos côtés. Le pain lavash et le yaourt sont faits maison et sont délicieux. Ce yaourt de brebis est sûrement le meilleur que j’aie gouté jusqu’ici… Le thé nous réchauffe tous trois, le soleil couvert et le vent des hauts-plateaux rafraichit rapidement l’atmosphère, même en plein été.
Nous restions assis une grosse demie-heure à discuter, dans une langue mélangeant le persan, l’azéri et les signes avant que mon chauffeur sonne le signal du départ pour ne pas faire la route restante de nuit. Nous montions en voiture pour rejoindre la civilisation moderne tandis que les bergers allaient se préparer à parquer leurs moutons pour les protéger des loups, comme il y a 3000 ans.
| La série Une Photo, Une Histoire , est une série d’histoires courtes illustrées par une seule photo, publiées chaque semaine sur ce blog. Un tirage de cette photographie peut-être acheté directement ici. Le nombre de tirages de chaque photographie est limité à 25 exemplaires, signés et numérotés. |
La démographie iranienne
La démographie iranienne a été complètement bouleversée au cours du XXe siècle. La population est estimée à 70 millions en 2006 alors qu’elle était de 10 millions au début de ce siècle. La répartition géographique de la population a aussi connu un bouleversement : les urbains formaient environ 10% de la population iranienne au début du XXe siècle, ils sont 67% en 2006.
L’Iran est une mosaïque de plus de 80 « ethnies » différentes. Les deux origines principales sont indo-européennes ou turques (Azéris). La majorité des Iraniens parlent une langue du groupe indo-iranien (perse, kurde, baloutchi…) et ils comprennent le persan, la langue officielle de l’Iran.





