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Les objectifs économiques et le journalisme ne font pas toujours bon ménage.
Je rapporte une histoire que j’ai entendu de la bouche de plusieurs afghans aujourd’hui, sans pouvoir la vérifier auprès d’autres sources pour l’instant. Cependant, les versions entendues auprès de plusieurs concordent: Je suis un peu révolté par le procédé employé, c’est la raison pour laquelle je veux le partager.
La semaine dernière, un journaliste étranger est venu à Patras pour faire un reportage sur les migrants qui essaient de prendre le bateau pour l’Italie. Je suppose qu’il n’avait que peu de temps pour faire son reportage, car il a offert de l’argent à un jeune pour qu’il passe les grillages du port et se glisse sous un camion afin de lui permettre d’avoir des images pour son article. Le jeune l’a fait, s’est caché sous un camion puis est revenu de l’autre côté de la grille, heureusement pour lui sans se faire attraper par la police.
Même si ce genre de scènes a lieu quotidiennement à Patras, le procédé employé par ce journaliste me semble déontologiquement incorrect. Il a rapporté à son journal des images mises en scènes. L’histoire aurait aussi pu couter cher au jeune homme qui a accepté son argent, car il aurait sûrement été frappé par les policiers qui l’auraient trouvé, comme cela est presque toujours le cas à Patras.
J’imagine que ce journaliste était envoyé par une publication qui avait les moyens et qui avaient rapidement besoin de son article avec des images choc. Les images que les lecteurs verront ne sont qu’une mise en scène qui ressemble à la vérité.
Si tous les journalistes travaillaient de la même façon, l’information serait-elle réduit à un simple spectacle ?
1, 2, 3 Mondes ?
1, 2, 3 Mondes ?
Un tunisien “d’en bas” rencontré dans un parc m’a dit au détour d’une conversation : « Nous sommes le troisième monde, vous êtes le premier », d’un air extrêmement désolé pour lui et pour son pays. Il s’exprimait en français, qui n’est pas sa langue maternelle. Cette déformation de l’expression “Tiers-Monde” m’a interpellé.
A la base, il me semble que le tiers-monde désignait les pays non-alignés1; les pays qui n’étaient ni du côté des communiste, ni avec les capitalistes. Par extension et par assimilation, c’est maintenant un moyen de désigner les pays pauvres. Mais dans la bouche de ce jeune père, j’ai senti la deception de ne pas être dans la course pour le bien-être. Lui disait qu’il travaillait pour manger ; pas pour s’acheter une maison, pas pour ses loisirs, mais pour manger. Dans sa bouche, l’expression “troisième monde” m’a vraiment fait penser à une competition entre les pays du monde, une compétition qui a besoin de vainqueurs et de vaincus.
Je ne pense pas qu’il y ait un,deux, trois mondes. En fait, il n’y en a qu’un, et nous sommes tous interdépendants.
Quelques jours plus tard, je me promenais sur le site antique de Carthage, en compagnie de “hordes” de touristes entre deux transferts en autobus privés, accompagnés de leur guide. C’est alors qu’un lien s’est fait entre la vision des groupes de touristes et la phrase que j’avais entendue : “Nous sommes le troisième monde, vous êtes le premier”. C’est bien parce que les occidentaux ont besoin de vacances pas chères qu’ils partent chercher le soleil en Tunisie par exemple. Les pays comme la Tunisie ont besoin de devises pour développer leur economie. Pourvu de longues côtes maritimes, d’une relative sécurité et de main d’oeuvre pas chère, le pays a commencé à developper le tourisme comme source de devises. Aujourd’hui, la Tunisie est assez développée pour accueillir des prestations de services intellectuelles “near shore”, pour des entreprises majoritairement francaises (puisque quasiment tout le monde parle français ici). Comme dans de nombreux cas d’anciennes colonies, une domination économique subsiste. L’ex-métropole a toujours un pouvoir économique certain sur son protectorat. C’est, à mon humble avis, le schéma du “troisième monde” tel qu’il existe aujourd’hui. Ce schéma semble adapté à un certain nombre de pays d’Afrique, d’Amérique du Sud ou d’Asie.
Je me demande qui serait le « deuxième monde ».
La réponse m’a été en partie donnée en parlant de l’Iran avec plusieurs personnes rencontrées dans les souks. Depuis la presidence d’Ahmadinejad, j’ai eu l’occasion de voyager dans plusieurs pays musulmans dits “du tiers-monde”. Bien souvent, l’Iran apparait comme le héros des classes populaires dans le monde arabe. Précisement parce que l’Iran se dresse contre les américains et semble être un des seuls pays à résister à la pression. D’autres pays pourraient etre rajoutés à cette liste du deuxième monde : le Venezuela et Cuba.
Notre vision du monde étant toujours très relative, on nous présente l’Iran, le Venezuela ou Cuba comme des pays dont les gouvernements sont des monstres. Ce qui n’est pas tout a fait faux non plus. Mais il faut reconnaitre qu’ils font partie des rares pays à se dresser contre l’impérialisme américain.
En tant que voyageur et humaniste, ce qui me gêne avec cette vision de trois mondes en compétition, c’est qu’on verra toujours des vainqueurs et des vaincus dans un combat pour la plus grande richesse, pour le pouvoir.
Tous les hommes font partie du même monde. La compétition est vaine puisqu’elle se fait toujours au détriment d’un autre. Meme si cette règle semble exister dans le monde depuis très longtemps, un autre modèle existe pourtant.
Pour une societé donnée, deux comportements opposés cohabitent : la societe cherche à la fois a faire survivre tous ses membres, mais aussi à se préserver de la destruction totale en se battant avec son voisin. En des temps très reculés, on assistait donc à des guerres entre deux peuplades voisines qui se battaient pour les ressources afin qu’un des deux peuples survive. C’est toujours le cas aujourd’hui, sauf que tout est devenu beaucoup plus complexe. Les niveaux d’interdépendance entre sociétés et grands ensembles regionaux, culturels sont de plus en plus imbriqués. Cultures occidentales, musulmanes, asiatiques, guerres de religions, guerres pour les ressources naturelles….
Et pendant ce temps, la majorité du monde continue à vouloir consommer de l’inutile, des fausses sandales Prada, des sacs Louis Vuitton ou de l’Abercrombie&Fitch. Nous n’avons pourtant besoin que de nous vêtir, de nous chausser et de nous nourrir, non ? L’étiquette reste pourtant importante pour montrer sa position sociale, malheureusement pour la Pachamama2.
Les perspectives ne sont pas très engageantes. Sauf peut-être si on réussit à considérer que nous sommes tous partie du même monde et que nous devons nous connaitre et nous accepter pour faire face a une menace plus grande encore : la disparition des ressources naturelles sur toute la planète…
Je ne pensais pas arriver a cette conclusion en commencant ce billet. J’ai vu de la publicité à Paris pour la fondation de Nicolas Hulot, il faudrait que j’aille lire ce qu’il propose..
1- a moins que ma memoire ne me fasse defaut, j’irais verifier plus tard et mettrais ce post a jour si besoin
2La terre nourriciere dans la conception du monde de plusieurs cultures latino-americaines.
Initiatives et intérêts français envers Téhéran
Les initiatives unilatérales françaises reprennent envers Téhéran, avec la visite de Jean-Claude Cousseran, un diplomate chevronné du Quai d’Orsay, le mercredi 20 juin. M. Cousseran s’est entretenu avec Manouchehr Mottaki, ministre des Affaires ètrangères de l’Iran, au sujet de la situation au Liban. A cette occasion, M. Mottaki a déclaré que « la stabilité et la sécurité du Liban sont d’une importance essentielle pour l’Iran [1]». Le 26 juin, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Mohammad-Ali Hosseini, déclare que « la poursuite de discussions [entre la France et l’Iran] créent un terrain approprié pour l’établissement de la stabilité régionale et la prévention des crises [2] ».
Une telle initiative unilatérale de la France avait déjà été prévue et avait suscité une polémique en janvier de cette année. Alors que Bernard Kouchner déclarait dimanche dernier à l’occasion de la visite de Condoleezza Rice : « Plus nous travaillerons ensemble, mieux ce sera », cette initiative unilatérale du Quai d’Orsay à Téhéran permet de pointer une fois de plus les incohérences françaises au Moyen-Orient. Alain Gresh, au mois de janvier 2007, soulignait déjà ces incohérences : Paris engage un dialogue avec Téhéran et refuse le contact avec Damas ; le Quai d’Orsay utilise le nucléaire iranien pour se rapprocher de Washington et fait ensuite cavalier seul ; enfin, la stratégie américaine en Irak, qui pousse à l’affrontement avec l’Iran, est contraire aux intérêts de la France.
Le ministère des Affaires étrangères iranien a approuvé l’initiative française concernant la crise au Liban. Derrière le règlement de la crise au Liban se profile la protection des intérêts français en Iran. En effet, les entreprises européennes, et françaises en particulier, profitant de l’absence des entreprises américaines depuis 1980, ont signé de nombreux contrats en Iran depuis les années 1990. Depuis cette époque, 20 à 25 milliards d’euros auraient été investis par des entreprises françaises en Iran[3].
Les banques françaises, BNP et Société Générale en tête, représentent un quart de tous les crédits consentis au gouvernement de Téhéran jusqu’en mars 2006. Total a investi 1,65 milliards d’euros sur quatre projets d’exploration et de production en Iran. Peugeot fournit les pièces détachées des 206 et 405 produites en Iran par Iran Khodro (275 véhicules produit en 2005). Citroën livre des Xantia assemblées localement par Saipa depuis 2001. Renault est aussi présent en Iran, et vend depuis mars 2007 la Tondar-90, version locale de la Logan, produite en partenariat avec Pars Khodro, une filiale de la Saipa. Enfin, Alcatel a signé un contrat en 2004 portant sur l’installation de 100 000 connections internet à haut débit.
Les intérêts français en Iran portent sur des montants importants, et l’initiative diplomatique unilatérale du Quai d’Orsay envers Téhéran pose plusieurs questions. La préparation de la conférence à Paris est destinée à régler la crise libanaise, dans laquelle Téhéran peut peser sur son allié, le Hezbollah libanais. Mais que pourrait offrir Paris en échange d’une coopération des Iraniens au Liban ? Les options sont peu nombreuses. La France pourrait reconnaitre l’Iran en tant que puissance régionale. L’autre possibilité serait que la France reconnaisse à Téhéran le droit de poursuivre son programme nucléaire ou puisse même l’aider à le faire (comme cela avait été proposé début octobre 2006, lorsque l’Iran avait proposé à la France qu’elle contrôle l’enrichissement de l’uranium, en créant un consortium avec Eurodif et Areva pour enrichir de l’uranium sur le sol iranien. Paris avait rejeté la proposition[4]). Cette option semblerait être celle qui a la préférence des dirigeants iraniens, à en juger par leur insistance depuis plusieurs années à se voir reconnaitre leur droit à développer un secteur nucléaire civil. La France, en prenant cette initiative diplomatique envers Téhéran, pourrait se retrouver dans une position bien délicate vis-à-vis de l’Iran. Comment participer à une politique de sanctions internationales alors que cette position menace l’intérêt économique français en Iran ? Cette question pourrait devenir épineuse dans la poursuite des objectifs de messieurs Sarkozy et Kouchner au Moyen-Orient.
Notes :
[1] : Manouchehr Mottaki : la stabilité du Liban constitue une sécurité importante pour l’Iran, Islamic Republic News Agency, Tehran, 21 juin 2007.
[2] : Iran, France enjoy potential to settle regional crises, Islamic Republic News Agency, Tehran, 26 juin 2007.
[3] : « Les bonnes affaires de la france en Iran », Yves Mamou, Le Monde, 3 novembre 2006.
[4] : Téhéran propose à la France d’enrichir de l’uranium en Iran, Paris écarte l’offre, RFI Actualités, 3 octobre 2006.
Article originellement publié sur AgoraVox.fr le 28 juin 2007





