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Les dessous du programme nucléaire iranien
Sur un blog que je tenais précédemment, j’avais entamé une série que j’avais appelé « L’Iran pour les nuls« , visant à présenter certains aspects oubliés par les médias, méconnus du grand public. Je reprends désormais cette série sur ce blog. Il va avoir une première salve d’articles divers et variés, parfois un peu datés. Puis, les nouveaux articles de cette série paraitront dans la catégorie L’Iran pour les nuls.
L’introduction de l’atome en Iran s’est faite en 1957, dans le cadre du programme « Atomes pour la Paix » initié par les États-Unis. Comment ce programme initié par les États-Unis est-il devenu un moyen de pression près de 50 ans plus tard ?
Le programme nucléaire iranien : un instrument de la politique étrangère de l’Iran ?
Depuis 2003, le programme nucléaire iranien a fait couler beaucoup d’encre et inquiète le monde. Les dirigeants iraniens ont agi avec opportunisme depuis 2003 et ont réussi à faire de l’Iran un partenaire quasi incontournable dans la région. En quoi le programme nucléaire iranien est-il un instrument de la politique étrangère de l’Iran ?
La semaine dernière l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et la République islamique d’Iran (RII) se sont accordés sur leur plan de travail visant à résoudre les interrogations sur le programme nucléaire iranien. Mohammed El-Baradei a déclaré, en marge d’une réunion du Conseil des gouverneurs de l’AIEA, que c’était la première fois que l’Iran avait donné son accord à un plan de travail visant à résoudre les sujets en suspens ; ce qui était « un pas important dans la bonne direction »[1]. Il a également renouvelé son appel à un double-arrêt, celui des sanctions et des activités d’enrichissement, afin de laisser la place à la négociation. Plusieurs pays ont salué ces accords : le Brésil, la Chine et d’autres pays du Mouvement des non-alignés ont exprimé leur satisfaction à voir privilégiée la négociation[2]. Ces félicitations sont de petites victoires diplomatiques pour l’Iran, qui sort ainsi peu à peu de son isolement sur la scène internationale. Comment l’Iran a-t-il réussi à faire de son programme nucléaire une des composantes de sa politique étrangère ?
Le rôle du programme nucléaire en diplomatie
Selon Nader Barzin, la divulgation en 2003 de la capacité d’enrichissement de l’Iran sert ses propres intérêts. En rendant public son programme nucléaire – après des fuites sur celui-ci dans la presse – l’Iran profite d’un environnement diplomatique international favorable pour servir son dessein. Les Etats-Unis, en position difficile dans la région et vis-à-vis de ses partenaires, se voient obligés d’admettre les développements iraniens. Ce programme nucléaire sert également de « capacité de dissuasion virtuelle » contre les menaces extérieures que ressent l’Iran. Il permet aussi à la RII de montrer « sa bonne citoyenneté internationale »[3]. L’Iran, agissant dans le cadre du TNP, se place dans le cadre du droit international. En acceptant récemment de signer un protocole visant à clarifier les buts poursuivis par son programme nucléaire, la RII montre sa bonne volonté pour aller plus loin dans ce sens. Parallèlement, certains dirigeants iraniens fustigent toujours l’attitude des Etats-Unis vis-à-vis du droit international. Dans son dernier sermon du vendredi, le guide suprême, Ali Khamenei, a même souhaité voir les Etats-Unis traduits devant un tribunal international pour leur conduite en Irak[4]. Pour Tariq Ali, c’est l’Iran qui est le principal bénéficiaire des actions américaines en Irak. L’écrivain pakistanais pense en effet que l’Iran est le principal bénéficiaire de la guerre contre le terrorisme. En ne participant pas aux actions américaines en Afghanistan et en Irak, ils ont laissé les Etats-Unis s’occuper des Talibans et de Saddam Hussein, ennemis de Téhéran. Les Iraniens, opportunistes, cherchent maintenant à profiter de la situation de faiblesse de Washington, qui s’est empétrée en Irak et en Afghanistan. Et la tension monte entre les deux puissances[5].
L’Iran n’a de cesse aujourd’hui de faire reconnaître à la communauté internationale son droit à développer une technologie nucléaire civile. Et ce malgré l’opposition virulente des Etats-Unis, et maintenant de la France. Bernard Kouchner le dimanche 16 septembre, s’est tourné vers la « rhétorique martiale » selon la ministre autrichienne des Affaires étrangères, Ursula Plassnik[7]. Le lundi 17 septembre, Reza Aghazadeh, rappelait dans une déclaration à la 51e conférence générale de l’AIEA les justifications de l’attitude iranienne sur le sujet du nucléaire. Le programme nucléaire a démarré à l’époque du Shah, suite à la préoccupation de trouver une source d’énergie alternative au pétrole. Aghazadeh a également évoqué le contentieux Eurodif. Selon l’accord initial, cette participation de l’Iran, à partir de 1975, dans l’usine européenne d’enrichissement de l’uranium lui donnait droit à une partie de la production d’uranium enrichi à Tricastin. Cet accord ne sera jamais respecté, et donnera lieu à des tensions diplomatiques et à des attentats en 1985-1986. Le discours d’Aghazadeh souligne ensuite la fierté iranienne de devenir une nation développée malgré les obstacles qui lui ont été opposés depuis cinquante ans[6]. Aghazadeh rappelle encore le droit international, selon lequel l’Iran a le droit de développer sa propre technologie nucléaire à usage civil, et invite les Occidentaux à ne pas choisir la confrontation, mais la coopération et la négociation.
L’Iran profite de toutes les opportunités pour gagner du terrain
Les Iraniens multiplient le recours à la patience en alternant la bonne volonté et la fermeté dans leur position face à la communauté internationale. Alors que le temps continue à s’écouler, l’Iran continue à poser les jalons de sa course au statut de puissance internationale. Sur le plan économique, son marché intérieur intéresse les Chinois et les Européens. Renault a par exemple lancé avec succès la Tondar-90, une Logan fabriquée en Iran en juin 2007 [8]. Les produits iraniens ont acquis une place prépondérante en Irak. Les ressources gazières iraniennes intéressent l’Arménie, la Géorgie, l’Inde ou la Chine. Les ressources pétrolières, et la position de l’Iran au sein de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) lui permettent d’essayer d’influer sur les prix du baril de pétrole. L’Iran, sous le coup de sanctions économiques depuis l’adoption des résolutions 1737 et 1747 du Conseil de sécurité, applique en retour des sanctions économiques. Le ministère iranien du pétrole a récemment décidé que la participation de Total au projet gazier South Pars devait être reconsidérée, et ce quelques temps après le retrait de plusieurs grandes banques françaises en Iran.
Selon un document de l’Organisation des Nations unies (ONU), l’Iran planifierait même de porter sa candidature à un siège de membre temporaire du Conseil de sécurité en 2009. Selon certains diplomates, cette candidature semble être une provocation alors que des résolutions de ce même Conseil de sécurité visent la RII[9].
L’Iran, comme l’Occident, manient la carotte et le bâton depuis presque cinq ans au sujet du nucléaire iranien. Deux idées se partagent la scène, à tour de rôle. L’une est celle de la confrontation ; l’autre celle de la coopération internationale. La confrontation, au vu des déclarations récentes en provenance des Etats-Unis, de la France ou de leurs partenaires, trouve de plus en plus d’adeptes dans les gouvernements occidentaux.
Début septembre 2007, Ali Akbar Rafsandjani, ancien président de l’Iran et ancien adversaire de Mahmoud Ahmadinejad à la course à la présidence, a été élu à la tête de l’Assemblée des experts. Rafsandjani est un réformiste, et selon certains analystes, sa victoire représente un tournant majeur dans la politique iranienne. L’Assemblée des experts, une institution-clé du régime iranien, est désormais divisée en deux factions[10]. Celle de Rafsandjani et des réformistes, partisans de la négociation et de l’ouverture, et ceux de Ahmad Jannati, le mentor de l’actuel président Ahmadinejad, partisans d’une ligne dure. Rafsandjani pourrait mettre à profit sa nouvelle charge pour atténuer les positions d’Ahmadinejad, particulièrement en politique étrangère.
L’Iran et les Etats-Unis, en adoptant un discours relevant d’une morale guerrière, se poussent mutuellement dans un guerre à mort. N’étant pas en capacité de s’exterminer l’un l’autre, les deux pays se livrent à une guerre larvée, faites de déclarations fracassantes, d’enlèvements, de déstabilisation. Et quand d’autres pays se joignent à cette vendetta, cette guerre pourrait devenir interminable.
Notes :
[1] : IAEA Staff Report, Board of Governors Considers Safeguards Implementation in Iran. IAEA Chief Talked to the presse on latest developments, 12/09/07
[2] : Dépêche IRNA : Brazil backs Iran-AIEA agreement, 16/09/07. Voir aussi Daily Times, « China welcomes Iran-AIEA deal », 14/09/07
[3] : L’économie politique de développement nucléaire en Iran, Nader Barzin, thèse en socioéconomie de développement de l’EHESS, 2004
[4] : Dépêche IRNA, Supreme Leader : US should be tried at an international court, 14/09/2007
[5] : Interview avec Tariq Ali, Inter Press Service, 16/09/07
[6] : Aghazadeh remonte implicitement à la crise survenue suite à la nationalisation du pétrole par Mossadegh en 1953, évènement qui a marqué l’histoire iranienne sur la scène internationale. Voir son discours complet sur le site de l’IRNA
[7] : « Iran : le chef de l’AIEA appelle au calme », Le Figaro, 17/09/2007
[8] : « First Iranian-made Renault Logans hit the road », Middle East Times, 13 juin 2007
[9] : MP terms negotiation Iran’s main strategy to solve nuclear issue, Dépêche Fars News Agency, 17/09/2007
[10] : Kimia Sanati, Rafsandjani, the man to watch, Inter Press Service, 14/09/2007
Article originellement publié sur AgoraVox.fr le 20 septembre 2007
Initiatives et intérêts français envers Téhéran
Les initiatives unilatérales françaises reprennent envers Téhéran, avec la visite de Jean-Claude Cousseran, un diplomate chevronné du Quai d’Orsay, le mercredi 20 juin. M. Cousseran s’est entretenu avec Manouchehr Mottaki, ministre des Affaires ètrangères de l’Iran, au sujet de la situation au Liban. A cette occasion, M. Mottaki a déclaré que « la stabilité et la sécurité du Liban sont d’une importance essentielle pour l’Iran [1]». Le 26 juin, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien, Mohammad-Ali Hosseini, déclare que « la poursuite de discussions [entre la France et l’Iran] créent un terrain approprié pour l’établissement de la stabilité régionale et la prévention des crises [2] ».
Une telle initiative unilatérale de la France avait déjà été prévue et avait suscité une polémique en janvier de cette année. Alors que Bernard Kouchner déclarait dimanche dernier à l’occasion de la visite de Condoleezza Rice : « Plus nous travaillerons ensemble, mieux ce sera », cette initiative unilatérale du Quai d’Orsay à Téhéran permet de pointer une fois de plus les incohérences françaises au Moyen-Orient. Alain Gresh, au mois de janvier 2007, soulignait déjà ces incohérences : Paris engage un dialogue avec Téhéran et refuse le contact avec Damas ; le Quai d’Orsay utilise le nucléaire iranien pour se rapprocher de Washington et fait ensuite cavalier seul ; enfin, la stratégie américaine en Irak, qui pousse à l’affrontement avec l’Iran, est contraire aux intérêts de la France.
Le ministère des Affaires étrangères iranien a approuvé l’initiative française concernant la crise au Liban. Derrière le règlement de la crise au Liban se profile la protection des intérêts français en Iran. En effet, les entreprises européennes, et françaises en particulier, profitant de l’absence des entreprises américaines depuis 1980, ont signé de nombreux contrats en Iran depuis les années 1990. Depuis cette époque, 20 à 25 milliards d’euros auraient été investis par des entreprises françaises en Iran[3].
Les banques françaises, BNP et Société Générale en tête, représentent un quart de tous les crédits consentis au gouvernement de Téhéran jusqu’en mars 2006. Total a investi 1,65 milliards d’euros sur quatre projets d’exploration et de production en Iran. Peugeot fournit les pièces détachées des 206 et 405 produites en Iran par Iran Khodro (275 véhicules produit en 2005). Citroën livre des Xantia assemblées localement par Saipa depuis 2001. Renault est aussi présent en Iran, et vend depuis mars 2007 la Tondar-90, version locale de la Logan, produite en partenariat avec Pars Khodro, une filiale de la Saipa. Enfin, Alcatel a signé un contrat en 2004 portant sur l’installation de 100 000 connections internet à haut débit.
Les intérêts français en Iran portent sur des montants importants, et l’initiative diplomatique unilatérale du Quai d’Orsay envers Téhéran pose plusieurs questions. La préparation de la conférence à Paris est destinée à régler la crise libanaise, dans laquelle Téhéran peut peser sur son allié, le Hezbollah libanais. Mais que pourrait offrir Paris en échange d’une coopération des Iraniens au Liban ? Les options sont peu nombreuses. La France pourrait reconnaitre l’Iran en tant que puissance régionale. L’autre possibilité serait que la France reconnaisse à Téhéran le droit de poursuivre son programme nucléaire ou puisse même l’aider à le faire (comme cela avait été proposé début octobre 2006, lorsque l’Iran avait proposé à la France qu’elle contrôle l’enrichissement de l’uranium, en créant un consortium avec Eurodif et Areva pour enrichir de l’uranium sur le sol iranien. Paris avait rejeté la proposition[4]). Cette option semblerait être celle qui a la préférence des dirigeants iraniens, à en juger par leur insistance depuis plusieurs années à se voir reconnaitre leur droit à développer un secteur nucléaire civil. La France, en prenant cette initiative diplomatique envers Téhéran, pourrait se retrouver dans une position bien délicate vis-à-vis de l’Iran. Comment participer à une politique de sanctions internationales alors que cette position menace l’intérêt économique français en Iran ? Cette question pourrait devenir épineuse dans la poursuite des objectifs de messieurs Sarkozy et Kouchner au Moyen-Orient.
Notes :
[1] : Manouchehr Mottaki : la stabilité du Liban constitue une sécurité importante pour l’Iran, Islamic Republic News Agency, Tehran, 21 juin 2007.
[2] : Iran, France enjoy potential to settle regional crises, Islamic Republic News Agency, Tehran, 26 juin 2007.
[3] : « Les bonnes affaires de la france en Iran », Yves Mamou, Le Monde, 3 novembre 2006.
[4] : Téhéran propose à la France d’enrichir de l’uranium en Iran, Paris écarte l’offre, RFI Actualités, 3 octobre 2006.
Article originellement publié sur AgoraVox.fr le 28 juin 2007
Les ambitions régionales de l’Iran au coeur de la tourmente
Les pressions des Etats-Unis sur le régime iranien se font de plus en plus pressantes depuis quelques semaines. Ces pressions marquent un changement de la politique américaine dans la région. L’Iran ayant profité de la politique américaine en Irak pour augmenter son influence dans la région, les Etats-Unis cherchent aujourd’hui à contenir les ambitions régionales de l’Iran.
Les déclarations américaines se multiplient quant à la nature agressive du régime iranien, dans un scénario qui rappelle les déclarations sur le régime de Saddam Hussein avant le lancement des opérations en Irak en 2003.
En février 2007, Zbigniew Brzezinski, ancien conseiller à la sécurité nationale, fait part d’un scénario plausible pour justifier le départ en guerre contre l’Iran. Seymour Hersh, dans un article du New Yorker de mars 2007, analyse ce changement de politique américaine au Moyen-Orient comme étant destiné à réduire l’influence grandissante de l’Iran dans la région ; influence qui est une conséquence profonde et inattendue de la politique américaine en Irak.
Les ambitions géopolitiques de l’Iran au Moyen-Orient et sur la scène internationale sont multiples, que ce soit sur le plan stratégique et militaire, politique ou encore économique. L’Iran, de par sa taille et ses potentialités, ambitionne de devenir un leader dans la région qui l’entoure. Cette ambition n’est pas nouvelle dans les relations internationales iraniennes, puisqu’elle était déjà envisagée dans les années 1970, quand le Shah Mohammad Reza Pahlavi rêvait de faire de l’Iran le « gendarme du Golfe ».
L’Iran a réussi à développer une industrie militaire depuis la fin de la guerre Iran-Irak et est aujourd’hui en mesure de produire des avions de transport et de combat, des véhicules blindés, des missiles et des munitions. Ce développement de l’industrie militaire a été rendu possible par les synergies avec la technologie des principaux fournisseurs (Chine, Corée du Nord, Russie et Ukraine) qui assurent aujourd’hui à l’Iran une autonomie dans la conception et la production d’armements, ou la transformation de ceux-ci en versions plus modernes[1]. Le matériel produit en Iran reste toutefois obsolète par rapport au matériel employé par les pays voisins. Le rôle du programme nucléaire de la République islamique d’Iran a été considéré comme une force de « dissuasion virtuelle » par certains experts. L’Iran montre ainsi ses capacités à développer la technologie nucléaire, en essayant de rester dans la légalité prévue par le TNP.
Les forces militaires et la position géographique du pays lui donnent une position d’importance au débouché du Golfe persique, dans le détroit d’Ormuz, par lequel transitent 40 % du pétrole mondial. De plus, l’Iran est naturellement un pays de transit avec les quinze pays voisins avec lesquels il partage des frontières terrestres et maritimes. Au cours des dernières années, le développement du chemin de fer, des routes et des voies aériennes marque une avancée dans ce sens. L’Iran, qui possède les deuxièmes réserves mondiales de gaz naturel, cherche par ce moyen à développer ses ambitions régionales et internationales. Oman a signé en mai 2007 un accord de coopération avec l’Iran pour l’exploitation d’un champ de gaz du Golfe persique. Un gazoduc reliant l’Iran à l’Arménie a été inauguré le 19 mars 2007. La Géorgie, qui cherche à réduire son indépendance énergétique vis-à-vis de la Russie, pourrait être intéressée par une extension de ce gazoduc jusqu’à son territoire[2]. L’Iran est également en train de finaliser les pourparlers autour d’un projet de gazoduc reliant le pays à l’Inde via le Pakistan, qui permettrait d’exporter 60 millions de mètres cubes de gaz par jour afin d’alimenter ces nations de l’Asie du Sud en fort développement (ce projet rencontre d’ailleurs l’opposition des Etats-Unis, qui voudraient construire un gazoduc entre le Turkménistan et l’Inde passant par l’Afghanistan).
La République islamique d’Iran essaie également d’étendre son influence en finançant des projets dans les pays voisins, comme elle l’a fait par exemple au Tadjikistan en finançant des projets d’importance stratégique (tunnel routier, central et réseau électrique). Téhéran cherche également des ouvertures vers d’autres pays en développement, comme le montrent les rapprochements avec le Venezuela ou les actions commerciales lancées dans les pays d’Afrique.
D’un point de vue industriel et commercial, l’Iran devient de plus en plus présent chez ses voisins. Les biens d’origine iranienne envahissent les marchés irakiens. Les échanges avec la région autonome du Kurdistan irakien se seraient élevées à plus d’un milliard de dollars en 2006 d’après le gouvernement iranien. Le 13 juin 2007, les premières Logan fabriquées en Iran (sous le nom de Tondar-90) étaient livrées aux clients iraniens. Cette nouvelle voiture est le résultat d’une joint-venture entre IranKhodro, Saipa et Renault, qui a investi 300 millions de dollars dans ce projet. Cette joint-venture devrait permettre de produire 10 000 véhicules par mois à partir de mars 2008[3].
Enfin, l’Iran semble être un partenaire incontournable pour les Etats-Unis dans la stabilisation de la situation en Irak. Les Américains ont d’ailleurs été obligés de reconnaitre ce rôle de l’Iran en s’asseyant à la même table que les Iraniens lors du sommet de Charm-el-Cheikh début mai 2007. Ce rôle de l’Iran en Irak est lié aux tensions sur le programme nucléaire iranien[4].
Les Etats-Unis, mis en difficulté en Irak, vont maintenant chercher à déstabiliser l’Iran, qui prend trop d’influence dans la région. Cette politique de « containment » des ambitions iraniennes passe par des pressions de la part des Américains, et, dans l’hypothèse la plus pessimiste, par la mise en oeuvre du scénario évoqué par Zbigniew Brzezinski. L’Iran, déjà catalogué parmi les pays de l’Axe du mal, fait l’objet de déclarations américaines répétées visant à démontrer publiquement le pouvoir de nuisance, réel ou supposé, de Téhéran. Récemment, le sous-secrétaire d’Etat américain, Nicholas Burns, faisait état des preuves irréfutables dont disposait les Etats-Unis au sujet des armes d’origine iraniennes livrées aux talibans en Afghanistan. Les références aux Pasdarans (Gardiens de la révolution) dans le soutien à des groupes terroristes comme le Hezbollah au Liban ou le Hamas en Palestine sont régulières.
L’affaiblissement de l’Iran passe aussi par les sanctions qui sont proposées par la communauté internationale à l’encontre de l’Iran. Washington est un moteur dans ces proposition de sanctions, quand le département du Trésor américain demande le gel des avoirs internationaux de la banque Sepah ou de la banque Saderat par exemple. Les mouvements indépendantistes aux marches de l’Iran, qui seraient, selon certains experts, aidés par les Etats-Unis, visent également à déstabiliser le régime iranien. Les évènements violents qui ont eu lieu récemment dans les zones kurdes (échanges de coups entre indépendantistes kurdes et les forces de l’ordre), baloutches (attentat contre un bus de Pasdaran) ou l’agitation régulière qui soulève la communauté azérie sont des illustrations de ce point de la politique américaine.
La suite du scénario décrit par Zbigniew Brzezinski serait de rendre l’Iran responsable d’une attaque terroriste organisée par Al-Qaida sur le sol américain, qui serait présentée comme organisée depuis le territoire iranien. Il est encore difficile de savoir si ce scénario se réalisera. L’issue de la crise entre l’Iran et les Etats-Unis dépendra en grande partie de l’orientation prise par la Maison-Blanche. Seymour Hersh relatait au mois de mars l’existence de deux vues qui s’affrontaient à Washington : certains voient l’Iran comme le plus grand danger, d’autres pensent que ce sont les extrémistes sunnites. Les forces armées qui se pressent autour de l’Iran et les rapprochements entre Israël et l’Arabie saoudite (qui voient tous deux l’Iran comme une menace dans la région) laissent à penser que réduire l’influence de l’Iran est effectivement le nouvel objectif de l’administration américaine, quel qu’en soit le prix.
Notes :
[1] : voir Autarcie : l’industrie militaire iranienne. Projets et développements de systèmes d’armes, Michel Brunelli, Groupe d’étude sur le Nucléaire et les relations internationales et stratégiques, janvier 2001. Voir également « Iran makes big strides in missile capability », Nadim Kawach, Gulf News, 15 mars 2004.
[2] : voir « GEORGIA SHOWS INTEREST IN IRAN-ARMENIA GAS PIPELINE », Maryanna Gregorian, Eurasianet, 12 avril 2007.
[3] : voir « First Iranian-made Renault Logans hit the road », Middle East Times, 13 juin 2007
[4] : voir Iran’s influence in Iraq, un rapport de Kenneth Katzmann destiné au Congrès américain.
Article originellement publié sur AgoraVox.fr le 19 juin 2007





