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1 photo, 1 histoire #17 : A la poursuite d’une vie meilleure
Contexte : Sur le port de Patras, en compagnie des migrants afghans essayant de passer clandestinement en Italie.

K. en train de courir vers le camion qui l'emmènera peut-être en Italie.
Depuis début décembre, j’ai été très occupé et je n’ai pas eu vraiment le temps de continuer la série une photo, une histoire. J’essaie de réparer ça en postant cette photo qui illustre mes posts du mois de décembre.
Dans mes précédents posts, je décrivais les allées et venues sur le port de Patras. J’ai passé la semaine à parler et à photographier les candidats à l’immigration clandestine vers l’Italie. Pour cette photo, je suis de l’autre côté du grillqge du port, à l’extérieur. A mes côtés, plusieurs afghans qui regardent la scène ou donnent des indications à ce jeune homme de 23 ans qui cours vers le camion qui l’emmènera peut-être vers l’Italie. Les migrants et les policiers jouent une espèce de guerre dans laquelle deux camps s’affrontent. Les migrants restés à l’extérieur renseignent ce jeune homme qui court sur la position des policiers ou des chauffeurs de camion afin de lui permettre de se glisser sous les essieux de la remorque.
Moins de 5 secondes après que cette photo ait été prise, K. était caché sous les essieux. Malheureusement pour lui, un chauffeur l’a aperçu et il s’est fait déloger de sa cachette moins de 2 heures plus tard. 3 jours plus tôt, K. avait réussi à se rendre en Italie par le même moyen, mais il avait été découvert lors des contrôles de sécurité lors du débarquement à Bari. Il avait été directement renvoyé en Grèce, sur le même bâteau qui l’avait amené à Bari. Tous les candidats à la migration tentent le passage plusieurs fois par jour. Ils se font découvrir pqr les chauffeurs, les policiers, la sécurité du port…
K. essaiera encore de passer jusqu’à ce qu’il réussisse. Tout est question de chance. Au moins 5 des garçons avec qui j’ai sympathisé cette semaine ont réussi à passer de la même façon et sont arrivés en Italie, sains et saufs, et sans se faire repérer par la police. Leur route sera encore longue jusqu’au pays qu’ils visent, mais ils ont eu suffisament de chance cette fois-ci pour passer un des points les plus difficiles de la route…
Une journée mouvementée
Aujourd’hui, sur le port de Patras, la journée a été mouvementée par rapport aux trois jours passés. Les camions étaient beaucoup plus nombreux à embarquer sur des bateaux, et en conséquence, les tentatives de passages ont été encore plus nombreuses.
J’ai passé la journée près des grilles du port à observer le manège et la tragédie qui se joue tous les jours à Patras. Les tentatives pour se mettre sous un camion ou dans une remorque suivent les heures de départ des bateaux, qui s’étalent entre 14 h et minuit. Les camions sont présents une ou plusieurs heures avant leur départ, et se parquent en file indienne près du bateau dans lequel ils vont monter. Les migrants afghans passent par dessus les barrières du port, garnies de barbelés. A certains endroits, le passage est plus aisé que d’autres. Il se joue ensuite un jeu à mi-chemin entre le cache-cache et le chat et la souris. Malheureusement, ce jeu n’est absolument pas drôle à regarder, mais il retourne le coeur.
Une fois à l’intérieur de l’enceinte du port, les afghans courent, se cachent derrière un muret, dans un recoin, avant d’atteindre le camion qu’ils ont repéré depuis l‘extérieur. Certains modèles de remorques permettent de se glisser dessous, alors que d’autres ne disposent pas d’endroits où tenir pendant plus de 20 heures. Une fois à l’intérieur de l‘enceinte, tout est affaire de chance. Si personne ne remarque, le clandestin se glisse sous un camion, parfois avec une ou deux planches de bois pour s’aménager une place. Il faudra ensuite qu’il ait encore plus de chances pour passer les contrôles de police avant l’embarquement. Si il est découvert en pleine journée, les policiers le font sortir en l’insultant. S’il est découvert en pleine nuit, il existe de fortes probabilités pour qu’il soit sorti à coups de matraques et de coups de pied, puisque la noirceur de la nuit diminue le nombre de témoins potentiels.
Dans l’enceinte, les policiers patrouillent à partir de midi. S’ils voient des migrants, ils les poursuivent en voiture, en moto, à pied ou en scooter; toujours en les insultant. Les migrants ressortent généralement par où ils sont rentrés, quasiment jamais par la grande porte.
J’ai vu des hommes entre 16 et 30 ans tenter le passage plus de 5 fois aujourd’hui. Après plusieurs heures passées à aller d’un bout à l’autre du port, j’apprends qu’un afghan et un iranien avec qui j’avais sympathisé depuis quelques jours ont réussi à se trouver une place sous un camion. En ce moment même, ils sont toujours sous une remorque. Nous verrons bien demain s’ils téléphonent à leurs amis ici pour leur dire s’ils sont bien arrivés ou s’ils vont être renvoyés. J’ai ainsi revu un garçon aujourd’hui qui avait réussi à embarquer pour l’Italie. Il est arrivé jusqu’à Bari. Depuis sa cachette sous une remorque, il avait compris qu’il était en arrivé en Italie car son téléphone était passé du réseau Vodafone grec au réseau Vodafone italien. Malheureusement pour lui, il s’est fait attraper par la police italienne avant de pouvoir sortir de l’enceinte du port de Bari, et a été renvoyé en Grèce dans le même bateau que celui dans lequel il venait de faire la traversée. Au lieu de voyager en soute, il a voyagé enfermé dans une cabine et a passé plus de 20 heures sans manger ni boire. De retour en Grèce, il est pris en charge par la police qui le garde quelques heures puis le relache. Les histoires comme celles-ci, j’en ai vu plusieurs en une semaine, et j’en ai entendu beaucoup d’autres similaires.
La police grecque m’a également repéré en train de trainer autour du port, et a cherché à savoir ce que je faisais. Mais je n’avais pas l’impression d’être dans un pays européen : à trois reprises, un policer à moto s’approche de la grille, et au lieu de saluer et de poser ses questions de manière « posée », il s’adresse à moi littéralement en me gueulant dessus, juste pour me demander qui je suis en ce que je fais. Comme je ne comprends pas ses questions, je préfère lui tourner ledos (je sais qu’une barrière nous sépare et qu’il ne peut pas quitter le poste qui lui a été assigné dans l’enceinte), et repartir de l’autre côté de l’avenue qui longe le port. Les afghans me traduiront ensuite ce qu’il a dit.
Avec cette expérience de la police grecque, je comprends facilement la défiance des grecs vis-à-vis de leur police ainsi que les émeutes qui ont éclaté dans le pays.
Patras, porte d’entrée vers l’Italie
Je suis arrivé à Patras où je vais passer quelques temps pour photographier et documenter les conditions de vie des afghans qui attendent ici de pouvoir passer vers l’Italie. Patras étant le premier port grec vers les ports italiens (Bari, Ancona, Venise), c’est tout naturellement que les candidats à la migration vers l’Italie et le reste de l’Europe viennent se concentrer ici pour essayer de passer illégalement vers l’Italie.
J’étais déjà venu à Patras il y a quelques mois, mais les conditions n’étaient pas tout à fait les mêmes : le camp où vivaient près d’un millier de migrants venaient d’être détruit par la police grecque. Les migrants avaient peur de s’approcher du port car la police les cherchaient. Aujourd’hui, plusieurs mois après, la pression semble être un peu retombée. Les migrants, qu’ils soient afghans, irakiens ou autres, sont de nouveau présent en face des grilles du port pour attendre l’opportunité qui leur permettra de monter sous un camion afin de passer clandestinement en Italie. L’après-midi d’hier m’a donné l’occasion de voir de mes yeux ces scènes que j’avais déjà vues en photo ou en vidéo. Mais l’effet est différent quand on le voit en direct. J’avais passé une bonne heure à discuter avec deux jeunes de 18 ans quand un des deux a décidé qu’ils allaient tenter de passer. Ils sont partis vers les grilles du port et m’ont invité à les suivre pour voir comment ils faisaient. Nous marchions sur le trottoir quand, sans prévenir, ils se sont mis à courir,ont traversé l’avenue et ont ouvert les portes de la remorque d’un trente-huit tonnes. La remorque était vide alors ils ont refermé et sont revenus sur le trottoir. Quelques centaines de mètres plus loin, ils sont passé par-dessus la barrière qui entoure le port, mais en sont ressortis quelques minutes après car une voiture de police les avait vu de l’autre côté. Des scènes comme celles-ci se passent presque toutes les heures à Patras, sous les yeux de passants qui semblent tellement habitués qu’ils n’y font plus attention.
Les politiques, en France comme en Grèce, en fermant la « jungle » de Calais ou le « camp » de Patras, pensent qu’en faisant disparaitre les traces de la présence des migrants, ils réussiront à régler le problème de l’immigration illégale. Les scènes que je viens de décrire se passaient avant la fermeture du camp de Patras, et elles ont vite repris cours après la fermeture du camp.
Nos hommes politiques européens se voilent la face. Si j’ai une maladie qui me cause de boutons, j’aurais beau faire disparaitre les boutons, la maladie sera toujours présente si je ne traite pas ses causes profondes. Les symptomes reviendront tant que la maladie ne sera pas traitée. Et dans le cas des migrants illégaux en provenance de pays en guerre, les politiques européens oublient que ces clandestins sont là pour survivre. L’instinct de survie sera toujours plus fort que n’importe quelle politique électoraliste.
Questions de migrations
Comme je le disais dans mon post précédent, je passe à peine par l’Italie avant de me rendre en Grèce. Ce n’est pas la première fois que je viens en Italie, mais c’est la première fois que j’y viens en plein hiver, dans une ambiance beaucoup plus italienne, puisque les touristes estivaux ne sont pas là. Jusqu’ici, le rapport avec le titre n’est pas très évident. J’y arrive.
Je remarque que beaucoup d’emplois sont occupés par des migrants en provenance du monde indien (Inde, Pakistan, Bangladesh). Les emplois à domicile sont plutôt occupés par des migrantes des pays de l’Est (Roumanie, Géorgie; Bulgarie…). Bien entendu, il y a également en Italie des migrants de beaucoup de pays sources. Parfois une histoire particulière lie une population immigrée à leur pays d’accueil. En France par exemple, ce sont les ex-pays colonisés par la France qui fournissent le plus gros de la main d’oeuvre immigrée (Algérie, Maroc, Tunisie, ex-pays de l’Afrique Occidentale française…). En Italie, la seule migration « historique » que j’ai pu apercevoir vient de l’Erythrée. A un moment de l’histoire, il peut aussi y avoir une raison particulière pour que les migrants soient plus présents dans un pays que dans un autre. Pour l’Italie, on peut citer les équadoriens, qui sont relativement visibles dans la capitale. Rome avaiten effet accueilli de nombreux demandeurs d’asile en provenance de l’Equateur voici quelques décennies. Encore aujourd’hui, les équatoriens qui fuient leur pays viennent en Italie car ils y ont des contacts au sein de leur propre communauté.
Mais je n’arrive toujours pas à m’expliquer la présence si visible des petits marchands ambulants indiens, des réceptionnistes bangladeshis ou d’autres. Je n’ai pas le temps de faire des recherches, mon temps sur internet m’est compté. Je serais toutefois curieux de trouver des documents sur cette question, des études ou autres documents pouvant m’éclairer.
Pour mes lecteurs qui s’interrogent sur le rapport entre les migrations et mon travail de photographe, la réponse est simple. Je travaille depuis quelques temps déjà sur un projet documentaire en lien avec un certain type de migration, celle des afghans. Mes derniers voyages ont été faits dans le but de mieux comprendre la vie que mènent ces forcats de la clandestinité en Europe, et je passe mes journées à parler avec des immigrés et à les interviewer, alors j’ai l’impression que cela déteint quelque peu sur mes préoccupations intellectuelles…
Une photo, une histoire #7 : Une défaite au backgammon
Contexte : Une maison de thé tenue par des émigrés de Turquie d’origine Kurde, dans le 10ème arrondissement de Paris.
J’aime me promener dans le petit quartier turc de Paris, coincé entre trois rues à proximité de la mairie du Xème arrondissement. C’est dans cette zone que se trouvent concentrés la plupart des commerces tenus par des turcs, dont la clientèle est majoritairement originaire de Turquie. Souvent de l’est de la Turquie, et d’origine Kurde (mais il ne faut pas le dire trop fort, ça pose certains problèmes d’identité, de politique…)
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